Culture - Editoriaux - International - Politique - Table - 18 avril 2015

Hollande chez les Helvètes

L’image est en train de faire le tour du monde mais ne constitue pas en soi une rareté : un soldat s’effondre parmi ses camarades au garde-à-vous en attendant l’arrivée d’un convoi officiel. Connaissez vous Simonetta Sommaruga ? À vrai dire, non, en ce qui me concerne, et ce n’est pas à mon honneur. Et vous ? Il s’agit de la présidente de la Confédération suisse. L’infortuné soldat attendait François Hollande et sa délégation du côté de Berne pour une visite officielle ce mercredi : sans commentaire, même s’il fut question de pluie le lendemain, à Ouchy (Lausanne) au bord du lac Léman.

S’il est établi que la rencontre franco-suisse ne bouleversera pas la donne diplomatique internationale, il est quand même intéressant de souligner une certaine impalpable barrière culturelle entre deux pays pourtant frontaliers, cette sorte de distance que crée l’absence de curiosité entre deux pays pourtant mitoyens (surtout de la part du plus grand des deux).

J’avais remarqué le même phénomène concernant un pays de taille plus ou moins équivalente à la Suisse : la Hollande. Saurions-nous citer le moindre auteur (hormis Anne Frank) néerlandais ou suisse ? Saurions-nous, hormis les sabots, moulins à vent, ou l’accent et le chocolat suisses, trouver autre chose à dire sur ces pays certes moins puissants mais, à certains égards, plus modernes, décentralisés, que la France ? L’on reproche souvent l’arrogance de l’Américain moyen qui ne sait rien sur les lointaines contrées. Sauf que nous concernant, il s’agit de proches, voire de pays voisins !

La délégation n’est certes pas venue des Rafale plein les valises, pour prendre la Suisse Dassault : depuis belle lurette, la Confédération est passée aux Northrop F-5 Tiger et McDonnell Douglas F-18 Hornet américains, et semblait avoir jeté son dévolu sur le Saab Gripen suédois, pour finalement y renoncer en 2014 par… référendum ! (La Suède… vous savez, cet autre petit pays européen inconnu de nous, produisant l’air de rien ses propres – et ultra-performants – avions de chasse.)

En quoi cette petite confédération serait-elle plus moderne ? Deux petits exemples, qui ne produisent en France que verbiage et bla-bla, et effectifs en Suisse depuis belle lurette : le référendum d’initiative populaire et l’apprentissage. Les politiques français ne dégainent en général le référendum que fort à propos en période électorale, sur tel ou tel sujet. Et lorsque, miracle, suite est donnée, comme par exemple le fameux référendum sur la Constitution européenne de 2005… nous connaissons la suite. Concernant l’apprentissage, même punition : de temps à autre, le sujet ressort mais aucune véritable suite n’est jamais donnée.

Pour en revenir à Hollande en Suisse, notons un passage prometteur au Musée olympique à Lausanne, où le président du CIO a jugé la candidature de Paris aux Jeux olympiques d’été “exemplaire” et précisé à François Hollande que “vous pourrez entrer dans cette candidature avec toute confiance” (source : 24 Heures). Le même journal apporte aussi cette précision croustillante : en attendant l’arrivée de Hollande (sous la pluie) à Ouchy, le chef du protocole municipal a positionné les membres du conseil municipal de Lausanne face à l’Hôtel d’Angleterre, “selon les recommandations de l’Élysée” : “Il ne faut pas qu’on voie trop le château, ça ne va pas pour un socialiste, ni la rangée de pédalos”, précise le chef du protocole au journal. “Pas question de faire plaisir à Jean-Luc Mélenchon et d’immortaliser Hollande en capitaine de pédalo.” Dont acte.

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