Le Président était d’humeur chagrine. La veille au matin, une bande de mauvais plaisants avait cru bon de lâcher des poules (de luxe ?) devant son domicile privé. Il revenait tout juste de descendre les Champs-Élysées sous des huées et des sifflets que n’avaient pas couverts de maigres applaudissements. Que faisait-il là, maintenant, posé sur la pelouse comme un pion saugrenu sur un drôle de damier face à ces deux journalistes en service commandé, poliment hostiles et sournoisement malveillants qui, de toute évidence, s’ennuyaient autant que lui et lui posaient des questions attendues auxquelles il donnait des réponses convenues ?

N’aurait-il pas dû écouter ceux de ses conseillers qui ne voyaient pas l’intérêt de parler pour ne rien dire et de s’inviter chez des Français qui, justement, avaient envie de l’oublier plutôt que ceux qui pensaient qu’il lui fallait absolument meubler le vide et saturer l’espace ? N’aurait-il pas mieux fait d’écouter la petite voix qui lui suggérait qu’au mieux il ne ferait que surfer sur son impopularité plutôt que l’autre petite voix qui lui murmurait qu’il se devait d’être présent en ce jour de fête nationale, de bals populaires et de discours de distribution des prix ? N’avait-il pas pris l’engagement — un de plus — un jour déjà lointain — c’était à l’époque où il ne prenait pas encore l’hélicoptère pour aller d’Issy-les-Moulineaux aux Invalides — de rompre avec la tradition de s’adresser aux vacanciers depuis les jardins de l’Élysée ?

Était-il bien adroit, sortant à peine d’un défilé placé sous le signe du sérieux budgétaire qui n’est pas l’austérité, de garantir que la défense nationale était « sanctuarisée » alors même qu’une nouvelle réduction des effectifs militaires, à la hauteur de 24.000 personnes, était programmée ? Était-il crédible d’annoncer pour la quatre cent trente-huitième fois, depuis qu’en 1975 feu Raymond Barre voyait le bout du tunnel, que la reprise était en vue ? Était-il habile de dire qu’il n’y aurait de hausses d’impôts que si c’était indispensable, et le moins possible, ce qui revenait clairement à avouer qu’il fallait s’attendre à de nouveaux prélèvements ? Était-il plausible de justifier l’éviction de Delphine Batho et l’impunité d’Arnaud Montebourg en prêtant à celle-là des propos qu’elle n’avait pas tenus et en feignant de croire que les insolences de celui-ci étaient plus pardonnables que la protestation de sa collègue ? Pouvait-on croire à la sincérité de l’hommage rendu à la loyauté d’un Manuel Valls qui se sent pousser des ailes ? Était-il vraiment urgent de confirmer à deux reprises, et donc pour la troisième fois en quarante-huit heures, que l’on pourrait juger de l’état où il laisserait la France dix ans après le jour où il l’avait trouvée ?

Non, se disait , l’esprit ailleurs, tout en se pliant à l’exercice qu’il s’était imposé, par cette fin de matinée radieuse, par ce jour d’été miraculeux, j’aurais décidément mieux fait de rester à la lanterne, pas celle où l’on pendait les aristocrates et où l’on pendra les financiers quand les poules de Loué auront des dents, mais celle où les Premiers ministres, avant Nicolas Sarkozy, et les Présidents, depuis Nicolas Sarkozy, se reposent le dimanche des fatigues de leur dur métier.

15 juillet 2013

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