[HISTOIRE] Les papes à Metz : de Léon IX à Léon XIV

Mille ans nous séparent de la visite actuelle du Saint-Père et de celle du premier pape voyageur de l’histoire.
Par Basicdesign — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19168308 et  Capture d'écran Présidence de la République
Par Basicdesign — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=19168308 et Capture d'écran Présidence de la République

Avant que Léon XIV ne vienne fouler les rues de Metz, seuls deux papes, en près de deux mille ans d’Histoire, avaient fait le déplacement jusqu’à la cité messine. Pour retrouver le premier, il nous faut remonter près d’un millénaire en arrière, en 1049, lorsque le pape Léon IX, dont le nom ne peut faire qu’écho à celui de son actuel successeur, vint visiter une cité alors impériale. Après lui, neuf siècles s’écoulèrent avant qu’un autre successeur de saint Pierre ne se rende à Metz. Le 10 octobre 1988, Jean-Paul II renoua ainsi avec une tradition pontificale presque oubliée et en cette année 2026, Léon XIV vient à son tour marcher dans les pas de deux grandes figures du christianisme.

Léon IX, le premier pape voyageur

En 1049, Metz n’était pas encore française. La cité appartenait alors au vaste Saint Empire romain germanique et était sous la forme d’une principauté gouvernée par un évêque. Son rattachement au royaume de France était encore bien lointain. En effet, il faudra attendre la prise de la ville par le Valois Henri II en 1552, puis les traités de Westphalie de 1648 sous le règne de Louis XIV, pour que son appartenance à la France soit définitivement reconnue.

C’est donc dans une cité impériale que se présenta Léon IX. Né en 1002 en Alsace, notre futur souverain pontife, de son nom de naissance Bruno d’Eguisheim-Dagsbourg, devient évêque de Toul en 1027, à seulement 25 ans. Il est ensuite élu pape en février 1049, après la mort de Damas II, à l’âge de 47 ans. Son pontificat marque une ère de grande réforme pour l’Église, notamment dans la lutte contre la simonie. Léon IX révolutionne également la papauté en usant d’une pratique peu utilisée par ses prédécesseurs : le voyage. Il fut ainsi le premier pape à cheminer dans l’Europe chrétienne en quittant l’Italie, en se rendant en Allemagne, en Suisse et, bien sûr, en France. En 1049, après avoir présidé le concile de Reims, réuni du 3 au 5 octobre, il gagna alors la Lorraine. Après être passé par Verdun, il atteignit Metz le 11 octobre. Accueilli par l’évêque Adalbéron III, Léon IX se rendit à l’abbaye Saint-Arnoul, où il consacra l’église abbatiale. Léon IX repartit ensuite pour Rome où il eut fort à faire avec Constantinople. Malheureusement, il rendit son dernier soupir en 1054, la même année que le Grand Schisme des Églises d’Occident et d’Orient. Léon IX est ensuite canonisé en 1087.

Jean-Paul II, neuf siècles plus tard

Il fallut ensuite attendre le 10 octobre 1988 pour qu’un pape revienne à Metz. Dans le cadre de son pèlerinage apostolique en France, Jean-Paul II se rendit dans l’est du pays, après Strasbourg et avant Nancy et Mulhouse. À Metz, il célébra la messe dans la cathédrale Saint-Étienne, dont l’architecture gothique inspira les premières paroles de son homélie. « De cette cathédrale, nos pensées et nos cœurs s’élèvent vers Dieu », déclara-t-il ainsi, avant d'ajouter que « l’architecture de cette merveilleuse nef gothique nous invite à cet élan vers Dieu ». Cependant, le pape polonais ne s’arrêta pas à la beauté de l’édifice. Il inscrivit Metz dans une histoire chrétienne et bien plus ancienne, rappelant que la ville se trouvait au cœur d’une région située « au carrefour de civilisations » et particulièrement liée aux autres peuples d’Europe.

Jean-Paul II a aussi évoqué les épreuves traversées par cette terre « au croisement des cultures et des empires », évoquant les guerres qui s’y succédaient depuis quatre siècles, notamment celle de 1870 et les deux guerres mondiales. Malgré ces bouleversements, souligna-t-il, la population avait conservé « avec fidélité et courage son identité ». Le pape est ensuite remonté aux origines chrétiennes de Metz, soulignant les dix-sept siècles de christianisme dans la région et le souvenir de son premier évêque, saint Clément. Il a cité la mémoire d’autres grandes figures chrétiennes liées à cette terre comme Jean-Martin Moyë, Augustin Schoeffler ou encore notre « célèbre compatriote » Robert Schuman.

C’est dans cette même continuité que Léon XIV vient aujourd’hui inscrire ses pas dans ceux de ses prédécesseurs. À Metz, son hommage à la figure du père fondateur de l’Europe et son appel à la paix et à l’unité sur le Vieux Continent prolongent le message porté par Jean-Paul II en 1988, tout en ajoutant un nouveau chapitre à cette histoire exceptionnelle qui relie avec cohérence, à près d’un millénaire d’intervalle, les successeurs de saint Pierre.

Picture of Eric de Mascureau
Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

7 commentaires

  1. Pour nous divertir un peu, BV pourrait nous raconter la légende de la construction de la Cathédrale St. Étienne de Metz et le pacte avec le diable qu’a signé l’architecte pour pouvoir en faire la construction…Mais c’est le diable qui s’est fait avoir!… À découvrir…

  2. Je trouve que proportionnellement par rapport à Paris et Lourdes, et compte tenu du bassin de population et du très fort taux de catholicisme de la Moselle, en plus de la proximité avec l’Alsace, le Luxembourg, la Sarre, cette visite du pape à Metz était un échec. C’est avant tout la faute de la préfecture et de l’organisation. La communication, et je l’ai déjà dit précédemment ici, était très mauvaise depuis le début, la fermeture des routes et des gares était un non-sens absolu, le confinement progressif de la ville depuis près d’une semaine a davantage effrayé qu’attiré les fidèles. Enfin la programmation puis l’annulation de la retransmission de la messe au stade Saint Symphorien à ajouté de la confusion à toute cette cacophonie. Les rues de Metz sont étroites, donc vite bouchées. Ça aurait été plus judicieux d’inclure l’antre des Grenats dans le parcours papal avant qu’il vienne célébrer la messe. J’ai fait partie des nombreuses personnes qui n’ont pas eu de billet pour la messe de hier, et malgré que j’habite tout près, je ne me suis pas déplacé pour voir le pape Léon XIV. C’était très mal organisé !

  3. Ne pas oublier que Robert Schuman a voté pour la capitulation le 17 juin 1940. Idéologiquement il était centriste chrétien comme Bayrou.

  4. Précisions : peu après Léon, Urbain II, pape champenois, prend, à sa demande, la défense de Byzance. Il sillonne la France et 3 grands  »gaulois » (le mot France n’existait pas encore) partent en Grand pèlerinage puis libèrent Jérusalem dont Godefroid devient, peu avant sa mort suspecte, Avoué (pour le compte du pape). Ces grands meneurs sont : Adhémar du Puy, Raymond comte de Rouergue et de Toulouse, Robert duc de Normandie. Les excommunications sont levées depuis Rome et Constantinople. Le schisme est suspendu et ne sera consommé qu’au XIIIe siècle (pillage de Constantinople par les croisés)

  5. Léon IX n’a certainement pas été le premier pape voyageur. Pour ne citer qu’un autre Léon, le pape Léon III s’est rendu en Westphalie, à Paderborn, en 799. Il y a rencontré Charlemagne, et l’église de l’époque jouxte la cathédrale actuelle.

  6. Drapeau européen + Macron => politisation du cadre Récupération du spirituel de paix => réactivation de la douleur que la présence du pape seul aurait apaisée.

Les commentaires sont fermés.

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Yves-Marie Sévillia et Boulevard Voltaire ⇦

Les fautes sur les pancartes résument tout l’échec de l’Éducation nationale