Editoriaux - Société - 15 août 2019

Histoire de deux « pingouins gay » (et de quelques dindons de la farce ?)

Cis, hétéro et assez impudente pour l’assumer publiquement, j’avoue ne pas être une lectrice assidue du salutaire magazine qui apporte au monde sa « dose quotidienne d’actualités LGBT ». Aussi pensais-je sottement qu’avec un tel programme, Têtu (puisqu’il faut l’appeler par son nom) était forcément un journal sinistre : car, on nous le répète assez sur tous les tons, tous ces homophobes, biphobes, transphobes, etc., qui courent les rues font du quotidien des LGBT un enfer. Eh bien, je me trompais : Têtu est aussi un magazine « positif », comme on dit aujourd’hui, qui annonce urbi et orbi de bonnes nouvelles. Témoin cet article publié le 12 août, intitulé « Au zoo de Berlin, deux pingouins gays (sic) pourraient bientôt devenir papas. ».

Je dois confesser un stupide fou rire, dont je n’ai pu me défendre à la lecture de cette version zoologique de Gala : « C’est une nouvelle touchante. Un couple de pingouins gays (sic), pensionnaires du zoo de Berlin (Allemagne) depuis avril dernier, pourrait bientôt devenir parents. C’est en tout cas ce qu’a annoncé vendredi 9 août le porte-parole du zoo, Maximilian Jaeger. “Les deux pingouins mâles agissent comme des parents exemplaires, réchauffant l’œuf à tour de rôle”, a-t-il confié. » J’ai même eu un instant l’affreuse pensée que le sentimentalisme bébête (si je puis dire) était décidément la chose la mieux partagée.

Mais j’ai bien vite fait acte de contrition et admiré l’ouverture d’esprit de ce journal, pour qui l’inclusion n’est pas un vain mot. Peu importe que vous soyez doté d’un bec ou d’un museau, couvert de poils ou de plumes, griffu ou cornu, mammifère ou ovipare : pourvu que vous soyez gay, lesbienne, bi, trans, queer ou quelque chose d’approchant, votre sort l’intéresse.

Un instant assaillie par la crainte que la quiétude de ce charmant ménage n’ait pu être troublée par une telle publicité, je me suis vite rassurée : après tout, Berlin est quand même assez loin pour que la Manif pour tous n’ait pas la tentation d’envahir ledit zoo en brandissant un de ces odieux slogans dont ces gens-là sont coutumiers : « Un enfant pingouin a besoin d’un père et d’une mère ! »

Rassérénée, j’ai enfin pu rentrer en moi-même pour méditer les leçons que nous donne ce fait loin d’être divers :

Ces « pingouins gays (sic) » prouvent bien que l’homosexualité est naturelle. Comme l’est aussi indubitablement, puisque « ce n’est pas la première fois que deux pingouins mâles expriment le désir de devenir parents », le désir qui tenaille certains homosexuels d’avoir des enfants ensemble. Et tant pis pour les petits esprits qui s’étonneront que « l’identité de genre » soit indiscutablement culturelle, mais non l’orientation sexuelle ni le désir de deux homosexuels de fonder une famille. Il est vrai qu’il est difficile de demander à des pingouins mâles si, par hasard, ils ne se sentiraient pas un peu femelles. Ou non binaires.

Ces deux mâles couvant amoureusement « à tour de rôle » en « parents exemplaires » battent en brèche, sans discussion possible, le préjugé selon lequel il est préférable qu’un enfant soit élevé par un couple hétérosexuel. Voir aussi cet exemple a contrario de parents biologiques négligents, voire complètement irresponsables : « En septembre dernier, un couple de pingouins avait “kidnappé” un bébé manchot au zoo d’Odense, au Danemark, pendant que ses parents étaient partis nager. »

Charitablement, face à la détresse de ces deux pingouins « qui ont essayé de faire éclore des poissons morts et des pierres […] les salariés du zoo ont décidé de leur donner un des œufs d’une femelle. » Et l’on voudrait continuer à obliger nos semblables à aller à l’étranger pour se payer un enfant ?

À lire aussi

Sus au crime de lèse-décolleté !

Alors, que faire ? Instaurer le port obligatoire du bandeau sur les yeux pour les hommes ?…