Editoriaux - Société - 1 mars 2019

Hijab et « marketing communautaire » : Décathlon® confondu par son propre catalogue !

“Engagement sociétal”, qu’ils disaient. “Marketing communautaire”, corrigeait Lydia Guirous. Il était, en effet, difficile de voir dans la commercialisation projetée de « hijabs de running » par Décathlon® autre chose que l’espoir d’un marché juteux. L’“accessoire” en question ayant été “initialement développé et commercialisé au Maroc […], l’engouement pour le produit a fait que nous nous sommes posé la question de le rendre disponible ailleurs”, confessait au demeurant son responsable de la communication.

Décathlon® avait bien essayé de nous faire croire que l’affaire n’avait rien à voir avec des histoires de gros sous : “Ce hijab était un besoin de certaines pratiquantes de course à pied [et pas que de course à pied, sans doute, NDLA], et nous répondons donc à ce besoin sportif.” Joli tour de passe-passe sémantique qui, en habillant cette pratique religieuse du nom de « besoin sportif », aurait presque pu réussir à faire passer le profiteur de guerre pour un forceur de blocus. Devant la levée de boucliers, la marque a néanmoins bravement fait marche arrière. “Jusqu’à nouvel ordre” et malgré le soutien du ministre des Sports, Roxana Maracineanu, qui ne voit là qu’un louable souci de “promouvoir le sport pour tous dans une logique de progrès, d’inclusion, de respect d’autrui et de mixité”.

De loin, c’est joli. Ça en jette même, comme on dit. Mais, justement, regardons d’un peu plus près ce que Mme Maracineanu a jeté dans ce grand fourre-tout.

La « mixité » ? Une mixité qui, en tout cas, n’implique nullement l’égalité entre les femmes, puisque les hommes, quels que soient le sport et la religion qu’ils pratiquent, n’ont manifestement pas « besoin » de se couvrir la tête d’un hijab.

Le « respect d’autrui » ? Mais quel « autrui » ? “Je préfère la liberté des femmes à la liberté de commerce”, répond Gérald Darmanin.

Le « progrès » ? Écoutons Élisabeth Badinter : “Les féministes venues d’Algérie ou d’Iran n’ont pourtant pas cessé de nous avertir : “Vous ne voyez pas que ce qui se passe chez nous va arriver chez vous ?” En l’espace de dix ans, de nombreuses filles des quartiers se sont mises à porter le voile en France. Révélation divine ? Non, montée de la pression islamique.”

L’« inclusion » ? Comme si les musulmanes, en France, étaient exclues de la pratique sportive, quand certaines d’entre elles, par exemple, sèchent régulièrement les cours de piscine.

Non seulement personne ne s’aviserait de demander à une femme pratiquant le « running » un certificat de baptême mais, comme le fait remarquer Marianne, “le “hijab de running” de Décathlon® […] était déjà vendu par la marque sous une forme “non islamisée””. L’enseigne “distribue en effet un “bandeau running multi-fonctions” qui permet de se couvrir la tête. Autrement dit, les femmes musulmanes désirant se voiler pour courir peuvent déjà se fournir chez Décathlon®.” Quel intérêt avait donc Décathlon® à « islamiser » ce produit ? Le journaliste l’explique : “L’attractivité commerciale du produit [réside] dans le fait, pour les joggeuses, de pouvoir se revendiquer comme musulmanes dans leur pratique sportive.” Et le ministre ose parler de « logique d’inclusion » ?

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