Editoriaux - Fiction - Internet - Justice - Religion - 13 février 2017

Haro sur ce flic !

Cyclothymiques, les Français ? Un très haut dignitaire de jadis, vilipendé depuis, disait qu’ils avaient la mémoire courte. C’est sans doute vrai. En janvier 2015, en pleine épidémie de “charlisme”, ils aimaient la police. En 2017, ils la détestent. Ou ils la détesteraient, si l’on en croit les boutefeux des banlieues embrasées.

Il faut dire que les réseaux sociaux peuvent amplifier et jouer le rôle de caisse de résonance à la moindre information, vraie ou fausse. Témoin cet appel au lynchage dont a été victime un policier, identifié par son nom, jugé coupable d’avoir abîmé l’anus de Théo sans même avoir été entendu par le tribunal “réseausocialiste”. Sauf que ce policier n’a rien à voir avec cette affaire. La direction de la police s’est fendue d’une série de tweets pour indiquer qu’aucun des policiers liés à cette affaire ne porte ce patronyme, et en invitant à signaler sur PHAROS (Plate-forme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements) les appels à la violence. Pour quelles suites ?

Cet incident n’est qu’un symptôme, mais ce qu’il nous dit du mal sous-jacent mérite que l’on s’y arrête.

À l’heure où le citoyen responsable doit dénoncer les ambitions totalitaires du journal Le Monde et de son Décodex, il doit aussi faire preuve de la plus élémentaire vigilance vis-à-vis de la quantité d’informations mensongères qui circulent sur Internet. Soyons paranoïaques.

Appeler publiquement à lyncher un policier qui serait impliqué dans une bavure, c’est substituer la vengeance à la justice. Pour ces personnes, le pacte social qui confie à l’institution judiciaire le soin de réprimer les délits est rompu. Pour d’autres aussi, qui constatent que la justice, avec des décisions idéologiques (l’emprisonnement de Nicolas Bernard-Buss, la relaxe des Femen de Notre-Dame, la cabale Fillon), ne mérite pas la confiance que nous devrions être en droit de lui accorder.

René Girard nous dit que le bouc émissaire est innocent, mais que, pour être lynché par une foule en crise mimétique, une culpabilité lui est inventée et qu’elle persiste dans le mythe. Somme-nous en face d’une crise mimétique qui ne dit pas son nom ? Nous savons, maintenant, ce qui a permis aux religions archaïques d’émerger et de créer ce pacte social garant de la stabilité interne, qui a ensuite engendré la justice en la substituant à la vendetta. Mais sommes-nous devenus pré-archaïques, que nous laissions désigner un bouc émissaire au gré de l’agitation du moment ?

Les Français aiment les policiers qui font traverser leurs gamins devant l’école, tentent d’attraper ceux qui les ont cambriolés, protègent leurs quartiers d’éventuelles racailles. Ils détestent les policiers qui verbalisent leurs excès de vitesse ou leurs stationnements illicites, et ceux qui abusent de leur autorité, qui franchissent la ligne jaune. La série de films Les Ripoux peut les rendre sympathiques en fiction, mais la vraie vie exige des flics aussi probes que possible. Ce n’est pas envisageable d’avoir du zéro défaut, mais quand un bug se présente, avant toute récupération violente ou non, il conviendrait de se donner le temps d’établir les faits. C’est dommage que personne ne semble y songer dans ce piteux brouhaha médiatique.

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