Voilà, le verdict est tombé pour mon confrère le Dr Bonnemaison : deux ans de prison avec sursis, pour « empoisonnement » d’une patiente de 86 ans en fin de vie, sur les sept cas qui lui étaient reprochés.

S’il ne nous est pas possible de lire dans les cœurs (et ce n’est pas le propos), il est possible, par contre, de se poser les questions d’éthique qui peuvent amener un médecin à une telle conduite. En fait, chaque médecin devrait se les poser pour soi-même, sur sa propre éthique et quelles sont les valeurs qui sous-tendent notre métier de médecins.
Le Dr Bonnemaison a, semble-t-il, eu le tort de ne pas discuter avec la famille de la patiente pour laquelle il a été condamné. Le fils de cette dernière a dit : « Ce que j’aurais voulu, c’est qu’il m’en parle et qu’on décide ensemble. Je l’aurais compris s’il me l’avait expliqué. » C’est tout-à-fait légitime. Il semble d’après les rapports de presse que, dans le cas des six autres patients, le médecin avait consulté les familles, qui auraient refusé de se constituer partie civile.

Quel doit être le rôle du médecin devant un patient en fin de vie ? Certains de mes confrères estimeront qu’il est de leur devoir de prolonger les soins, au maximum, au nom de la sacralité de la vie. D’autres qu’il faut soulager sans provoquer un décès attendu. Le Dr Bonnemaison (dans les cas pour lesquels il était jugé), comme d’autres confrères (j’en connais), ont décidé de provoquer en conscience le décès pour épargner des souffrances supplémentaires.

Faut-il changer la loi ?

Légiférer est toujours délicat, car il y a hélas toujours des excès. Ainsi, qu’on approuve l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ou non, il était épouvantable que des jeunes femmes avortent clandestinement dans des conditions d’hygiène incertaines, mettant leur vie en danger. La loi le permet depuis 40 ans, dans des conditions médicales bien plus sûres. L’excès en étant que certaines femmes ne prennent plus de précautions, et abusent de cette procédure médicale qui devait au départ être un traitement d’exception (risques médicaux plus élevés qu’une contraception normale, sans parler de l’éthique discutable d’une telle pratique de façon anodine, car on interrompt bien une vie). Je précise que je ne suis pas opposé à l’IVG, mais je souhaite que les patients en général, et les patientes en l’occurrence, soient responsables d’eux-mêmes d’abord et avant tout.

Légiférer sur l’euthanasie risque aussi d’amener des dérives. Les lois ne sont pas parfaites.
Il est vital, quelle que soit la loi, que médecins, familles, et patients (quand ces derniers le peuvent, ou par avance si possible), discutent, expriment leur conscience et valeurs propres à chacun. La parole devrait d’abord et avant tout venir au patient, car c’est SA vie, SA souffrance, et SA mort, en fin de compte. Le médecin se doit de suivre au mieux les décisions du patient, tout en agissant dans le cadre que la loi lui permet, en conscience.

Devant le désespoir d’une famille qui voit la fin d’un être cher, qui en plus le voit souffrir, parfois de façon indicible, le médecin se sent démuni. Là s’arrête l’espérance que nous avions, nous médecins, en choisissant notre métier.

J’ai toujours cherché à soulager, au maximum. Je n’ai jamais provoqué la mort d’un patient, ne m’en sentant pas le droit. Le Dr Bonnemaison l’a fait. Il a peut-être plus de cœur que moi. Je ne lui jetterai certainement pas la pierre.

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