La est dans la rue, non mais !

Contrairement à une fable répandue, le droit de grève n’est pas universel, il est réglementé par la loi, et des catégories professionnelles entières en sont privées : les magistrats, les militaires, les médecins, les policiers, les pompiers, les gardiens de prison et toute l’infrastructure républicaine (Parlement, ministres et secrétaires d’État, hauts fonctionnaires, etc). Alors que les élèves, les collégiens, les lycéens, les étudiants préparent leur avenir dans l’étude au lieu de le compromettre dans la rue, est-ce trop demander ?

Qu’ils se retrouvent dans des amicales pour parler loisirs et culture, s’ils en sont capables, très bien, mais des syndicats, non ! Car le droit de grève, en France, c’est aussi le droit de piquet, le droit d’occuper, le droit de casser, le droit de séquestrer, en un mot le droit de foutoir. Je le sais, j’ai participé activement à 68, et c’est un de mes grands regrets, car je n’y ai rien vu et n’y ai rien aimé que l’exaltant spectacle de la pagaille.

Allons plus loin : est-il normal que les personnels en charge d’un service public, fonctionnaires ou pas, sous statut ou non, puissent, pour préserver et même améliorer des avantages catégoriels, gâcher la vie de tant de travailleurs ?

Des démocraties qui valent bien la nôtre, l’Allemagne, les États-Unis – en fait, tous les pays où le droit de grève a un sens – ne l’accordent pas à ces personnels-là. Eh non, dans presque tout le monde occidental, on ne peut pas arrêter les trains ni mettre les enfants dans la rue. Surprenant, non, pour l’esprit français ?

Le droit de grève devrait être l’apanage des salariés vulnérables du secteur privé et marchand, ceux qui ont le devoir de défendre des droits menacés et à qui la société a celui d’accorder les moyens de le faire. À la Libération, des pans entiers d’économie d’intérêt général ont été nationalisés pour ne pas les laisser aux mains d’intérêts privés et pour assurer la continuité du service public. Cette continuité ne peut être assurée si des intérêts catégoriels en conflit avec l’intérêt général peuvent s’exprimer par la grève.

Au travers d’un droit de nuisance accordé à une jeunesse par nature inexpérimentée et dépendante, c’est le droit de grève du secteur public dans son ensemble qu’il faut reconsidérer. Et qu’on ne m’objecte pas que c’est le système social français qui serait menacé. À ce système (fondé sur un consensus), la grève – expression d’un conflit – n’a aucune part.

3 avril 2016

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