Editoriaux - Politique - Table - 21 mai 2016

Haïti : le compassion business en accusation

Le 18 mai, le président provisoire d’, le sénateur Jocelerme Privert, a célébré en présence de nombreux ambassadeurs le 213e anniversaire de la très symbolique fête du drapeau (bleu et rouge) du pays.

À la suite des contestations et des violentes et nombreuses manifestations de l’opposition qui dénonçait les fraudes lors du scrutin de l’élection présidentielle d’octobre 2015, l’ancien président Michel Joseph Martelly a enfin accepté de quitter le pouvoir et de confier celui-ci à une équipe de transition afin d’organiser, dans la sérénité, la future élection présidentielle, reportée à une date ultérieure.

Quel que soit le domaine (économique, politique, social), Haïti ne se remet toujours pas du terrible séisme du 12 janvier 2010 – 7,3 de magnitude sur l’échelle de Richter – qui avait dévasté en fin d’après-midi la partie ouest du pays, et en particulier sa capitale Port-au-Prince.

Le bilan humain et matériel avait été considérable : 222.000 morts, plus de 300.000 blessés, plus de 1,5 million de personnes déplacées, conséquence de la destruction de centaines de milliers de maisons, d’immeubles, de bâtiments publics comme le palais de la Présidence, de dizaines de dispensaires et hôpitaux.

Un désastre humain, sanitaire, matériel pour un des pays les plus pauvres de cette zone caraïbe et du monde : un salaire moyen mensuel estimé à 70 dollars (62 euros) qu’une grande partie de la population n’a même pas pour vivre !

Des dégâts estimés à 8 milliards de dollars (7,1 milliards d’euros), soit 120 % du PIB de ce pays en 2009.

À juste titre, l’élan compassionnel avait été rapide et universel, les sommes récoltées annoncées dans tous les journaux télévisés du monde entier considérables : on évoquait un chiffre de 12 milliards de dollars. On se dit alors que ce petit pays, où le chaos politique s’enchaîne avec la violence des éléments naturels, va peut-être enfin pouvoir émerger de ce drame et en ressortir mieux organisé.

Six ans après, le bilan est confondant, compte tenu des besoins et des moyens mis en œuvre. Car que dire de la gestion de cette crise par les organismes internationaux – FMI et ONU en première ligne – appliquant des règles toutes faites, hors-sol, compte tenu des spécificités locales, des mentalités, des revenus disponibles, de la composition du noyau familial ?

Comble du comble : alors que le choléra avait disparu depuis plus d’un siècle à Haïti, une agence américaine de contrôle et de prévention des maladies, le CDCP (Centers for Disease Control and Prevention) affirmait que cette maladie avait été introduite par des Casques bleus de l’ONU, arrivés porteurs de la maladie ! Bilan : une épidémie de choléra qui aura fait plus de 8.000 morts depuis 2010.

Sur le plan médiatique, on se souvient de l’omniprésence de l’ancien président américain Bill Clinton, envoyé spécial de l’ONU, qui avait annoncé la reconstruction de ce pays « en mieux ». Le même Bill Clinton qui, lorsqu’il était président, avait, du fait d’accords commerciaux catastrophiques, permis aux producteurs de riz d’Arkansas d’inonder le marché haïtien grâce à des subventions du gouvernement fédéral, décimant ainsi toute la production haïtienne nationale.

Archétype de ce fiasco qui aura d’abord profité à certaines entreprises américaines, le fameux complexe immobilier des maisonnettes de Zoranje, situé à 20 kilomètres au nord de Port-au-Prince, chantier inauguré en juin 2011 par Michel Joseph Martelly et Bill Clinton. Plus de 2 millions de dollars ont été investis dans ce projet par, entre autres, la fondation Clinton, la Banque interaméricaine de développement, la Deutsche Bank. Pour quels résultats ? Des maisons inachevées, squattées par des bandes de pillards, des infrastructures basiques comme l’arrivée d’eau potable ou l’assainissement jamais réalisées.

En décembre 2014, le FMI avait reconnu « l’efficacité moindre que prévu de l’aide ». La reconstruction haïtienne avait été annoncée comme devant servir de modèle face à pareil sinistre.

Comme on dit en créole haitien : « Bèl parol pa di verite pou sa ».

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