Ce qu’il y a de merveilleux avec le triple A que délivrent aux sujets méritants les agences de notation, c’est qu’en bénéficier est une très bonne chose, mais qu’il est sans importance de le perdre. D’où le flegme admirable avec lequel le président de la République, son Premier ministre et son ministre des Finances ont accueilli la dégradation de la France par Moody’s. On s’y attendait depuis longtemps, paraît-il, et d’ailleurs ça ne fait même pas mal. Voyez les États-Unis, ils se portent tellement mieux depuis qu’ils ont été privés de leur troisième A. Quant à la France, n’en parlons pas : elle n’a jamais emprunté à des taux aussi bas que depuis sa première mise à l’index, il y a près d’un an, par Standards and Poors. Qu’importe, donc, que Moody’s, à son tour, pointe du doigt la stagnation de notre économie, le déclin de notre industrie, notre déficit commercial, notre perte de compétitivité, l’insuffisance de notre politique d’austérité et que Fitch nous ait placés sous surveillance négative.. En vérité, François Hollande l’a dit, trente ans après Raymond Barre : le bout du tunnel n’est pas loin. Pourquoi s’en faire ? Louis XV, plus simplement, ricanait : « Après moi, le déluge. »

La fin de l’impunité

Est-il coupable ? Les présomptions sont convergentes et fortes. Est-il innocent ? C’est bien possible, et on peut lui faire confiance, comme à ses avocats, pour se défendre comme un beau diable. Le juge Gentil veut-il se faire une publicité sans risque et à bon compte sur le dos d’un ancien président de la République ? On ne peut écarter cette hypothèse.

Quoi qu’il en soit, il est heureux, il est salutaire que Nicolas Sarkozy ait à répondre de l’éventuel financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007, notamment par Mme Bettencourt, avant que tous les acteurs en soient morts, gâteux, amnésiques. Si Jacques Chirac, protégé pendant douze ans par une immunité abusive a finalement dû rendre des comptes, dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris, la justice, faisant preuve d’une singulière indulgence, l’a épargné alors qu’elle avait condamné Alain Juppé, sacrifié sur l’autel de la loyauté. En revanche, organisateur et principal bénéficiaire du système de corruption qui a présidé pendant seize ans aux marchés de la capitale, M. Chirac a pu, sous le couvert de ses éminentes fonctions, retarder la marche de la justice assez longtemps pour éviter l’incarcération et les condamnations qui ont frappé les complices qu’il a froidement laissés choir.

La réforme constitutionnelle qu’a voulue François Hollande et que le Parlement votera sans nul doute mettra enfin un terme à l’impunité scandaleuse dont bénéficiait chez nous le chef de l’État, comme si l’accession à la magistrature suprême ne devait comporter que des privilèges et n’exigeait pas du premier des Français qu’il donne à la France l’exemple de la probité et du sens des responsabilités.

Syrie

Étrange pays. La France, après avoir reconnu la coalition des diverses oppositions syriennes comme seule représentative du peuple syrien, s’apprête à lui fournir la protection et les armes qui permettront aux insurgés de mettre à bas le régime de Bachar el Assad. Après quoi, elle compte s’interroger sur la nature de l’insurrection, sa composition et ses véritables intentions. Les Frères musulmans ne sont-ils pas les maîtres du jeu ? Leur victoire ne risque-t-elle pas de se traduire par la persécution et l’exode des derniers chrétiens de Syrie ? Ne sont-ils pas hommes à mettre la charia avant les bœufs ? Vingt mois après le début de la guerre civile en Syrie, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale a donné mission à huit de ses membres, sous la direction du député Alain Marsaud, de s’informer de ces questions. Nul doute que la réponse intéresse les historiens, mais il sera un peu tard. Ce pays est-il bien le pays de Descartes ?

Afghanistan

Les dernières unités combattantes françaises ont quitté le secteur de la Kapisa. Quelques poteaux électriques, une route goudronnée là où il n’y avait qu’une mauvaise piste de terre et cinquante-quatre morts, tel est le bilan d’une intervention de dix ans. Le commandant local de l’armée afghane à qui nous passons le relais s’est fait un devoir de déclarer qu’il ne disposait pas des armements nécessaires pour défendre la province dont les insurgés, au demeurant, contrôlent déjà deux districts sur six. Une haie de jeunes Afghans a salué le départ de nos soldats en leur jetant des pierres et en leur faisant des bras d’honneur. Fallait-il vraiment mourir pour Kaboul ?

UMP

Après la brillante victoire du secrétaire général de l’UMP sur l’ancien Premier ministre, les journaux mettent en circulation le mot « copéiste ». S’agissant d’un homme qui imite Sarkozy, s’inspire de Patrick Buisson et plagie Marine Le Pen, ne faudrait-il pas plutôt parler de « copiste » ?

CIVITAS

Les jeunes et charmantes jeunes femmes, impudiques et dépoitraillées, qui se sont invitées au rassemblement organisé dimanche dernier par l’Institut Civitas, se figuraient-elles, à neuf, déstabiliser, disperser, disloquer, épouvanter un cortège de dix mille manifestants ? Tout au plus imaginaient-elles y jeter le trouble et faire parler d’elles mais dans leurs rêves les plus fous, elles n’osaient pas espérer tomber sur des individus assez stupides pour leur tomber dessus à bras raccourcis. C’est pourtant ce qui s’est produit. On leur a tapé dessus et ce geste imbécile a terni la journée et fait rétrospectivement de l’ombre à la grande manifestation joyeuse et pacifique de samedi.
Face à la provocation, deux attitudes sont possibles. L’une, intelligente, qui consiste à ne pas tomber dans le piège. Et l’autre…

Dernière minute

Couac (1) – Monsieur François Hollande, président de la République, ayant admis le principe d’une « clause de conscience » permettant aux maires qui l’estimeraient incompatible avec leurs valeurs de déléguer à un adjoint le « mariage pour tous », Monsieur Noël Mamère, député-maire de Bègles, s’est élevé avec vigueur contre cette dérogation au respect dû à la loi. Rappelons que Monsieur Mamère avait « marié » un couple homosexuel, au nom de ses valeurs, en violation de la loi. Le Président de la République, Monsieur François Hollande, a présenté ses excuses au lobby LGBT avant de déférer à l’injonction de Monsieur Mamère.

Couac (2) – Ayant pris connaissance des résultats définitifs de la primaire pour la présidence de l’UMP, Monsieur Jean-François Copé en avait pris acte : ces résultats entérinaient sa victoire. De nouveaux résultats provisoirement définitifs étant intervenus depuis les premiers résultats définitifs, Monsieur Jean-François Copé les a récusés : ils le donnaient battu par Monsieur François Fillon. À suivre…

22 novembre 2012

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