Editoriaux - Politique - Société - 19 mars 2016

Le guide de Manuel Valls pour en finir avec les « stéréotypes de sexe »

L’État français est riche, c’est connu, il peut donc dépenser sans compter. C’est pourquoi les services du Premier ministre et le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes viennent d’éditer une luxueuse brochure à l’usage des pouvoirs publics, administrations, collectivités locales, etc. C’est le Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe [PDF].

Donc, voilà une grave question dont le peuple, assurément, ne mesure pas l’importance : on s’aperçoit en haut lieu que “sans une vigilance continue, les stéréotypes de sexe sont reproduits, parfois de manière inconsciente” (je vois, ici, que le gouvernement a retenu ma leçon). Donc, “pour renverser cette tendance, l’État et les collectivités territoriales se doivent d’être exemplaires, notamment via l’utilisation de l’argent public destiné à la communication”. C’est-à-dire en mettant du féminin partout.

S’ensuivent donc 36 pages de consignes éclairées classées en dix rubriques telles que :

– éliminer toutes expressions sexistes ;
– accorder les noms de métiers, titres, grades et fonctions ;
– user du féminin et du masculin dans les messages adressés à tous et toutes ;
–veiller en toute circonstance à équilibrer le nombre de femmes et d’hommes, y compris « parmi les noms de rues, des bâtiments, des équipements », etc.

Une mesure essentielle concerne ainsi l’orthographe des mots. Il ne faut plus, par exemple, écrire professionnel(le)s mais « professionnel.le.s ». Avec des points et non des parenthèses car celles-ci, nous assure-t-on, ont “une connotation négative” en ce qu’elles indiquent “un propos secondaire”. Donc, ici, l’infériorité des femmes.

L’idée phare, c’est de gommer toute idée qu’un rôle pourrait être attaché au sexe, car “les rôles de sexe sont une mise en pratique du genre”. Et qu’est-ce que le genre ? Pour les idéologues qui ont rédigé ce guide, “le genre est le système de normes hiérarchisées et hiérarchisantes de masculinité/féminité (sic)”. C’est-à-dire ce qui “produit des inégalités entre les femmes et les hommes”. Donc, nions le genre et nous serons tous égaux. CQFD.

Naïve, je croyais que le genre était une notion biologique. Quelle gourde ! Notez que c’est également ce que croit le dictionnaire, du moins jusqu’ici, mais nous devons avoir tort lui et moi. D’ailleurs, là encore, le guide y insiste : il faut réformer le langage et les définitions. Ainsi, ces gens-là l’affirment, il n’y a pas de neutre en français ; et prétendre que le neutre et le masculin se confondent n’est rien d’autre que du sexisme : “C’est bien parce que le langage est politique que la langue française a été infléchie délibérément vers le masculin durant plusieurs siècles par les groupes qui s’opposaient à l’égalité des sexes.”

“En français, le neutre n’existe pas : un mot est soit masculin, soit féminin”, qu’on se le tienne pour dit. Et la démonstration de nos têtes chercheuses est imparable : “Le masculin n’est pas plus neutre que le suffrage n’a été universel jusqu’en 1944.”

Quant aux femmes qui persistent dans l’usage du masculin, ce sont des sociales-traitres – pardon, des traîtresses : “Ces femmes ont parfaitement compris les messages envoyés par ceux qui ont fait disparaître les termes féminins et ceux qui, aujourd’hui, les disent impropres ou inconnus, leur signifiant que, supposées inférieures, elles n’auraient rien à faire sur leur terrain.”

J’arrête là. Vous l’aurez compris, nos impôts ont encore servi à financer un tissu d’inepties, ramassis de contre-vérités grammaticales et historiques au service d’une idéologie tout juste destinée à masquer la chienlit dans laquelle le pays s’enfonce. Au masculin et au féminin comme au neutre.

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