Editoriaux - Table - 16 novembre 2015

La guerre froide est de retour

Le président Obama s’était engagé à ne pas envoyer de “bottes américaines sur le sol syrien”. Pourtant, le 30 octobre, l’administration américaine faisait volte-face : l’intervention russe avait profondément changé la donne. Officiellement, les forces spéciales vont appuyer les “rebelles” luttant contre le califat. Par “rebelles”, il faut entendre les Kurdes et l’Armée syrienne libre, un conglomérat d’unités djihadistes dites “modérées” où figurent des combattants étrangers et des mercenaires.

Les promesses de désengagement sont oubliées : il est hors de question de laisser la Russie et ses alliés chiites s’implanter dans la région ! Chacun poursuit des objectifs différents dans ce désert de sable et ce tas de gravats qu’est devenue la Syrie. La date de l’annonce de l’envoi des forces spéciales américaines n’était pas fortuite : elle servait aussi à renforcer la position de Jonh Kerry lors de la conférence de Vienne sur la Syrie face à Lavrov.

Le 8 octobre, le secrétaire de la Défense Ashton Carter avait déclaré devant les ministres de l’OTAN réunis à Bruxelles que les Russes n’allaient pas tarder à payer le prix de leur intervention. À Washington, on s’attend à un remake de l’Afghanistan, avec le même résultat.

Depuis 2014, une cinquantaine de groupes formant la nébuleuse de l’« Armée syrienne libre » reçoivent des milliers de missiles antichars BGM-71 TOW américains. Ces armes proviennent des stocks de l’Arabie saoudite et sont ensuite livrées gracieusement aux groupes djihadistes par des agents de la CIA et saoudiens en Jordanie et en Turquie.

L’affaiblissement croissant des forces syriennes qui commençaient à se trouver en difficulté a fini par entraîner l’intervention russe. Les forces syriennes pouvaient compter sur 300.000 hommes en 2011. Aujourd’hui, il n’en reste que la moitié. Pour autant, cette armée plus compacte est sans doute plus efficace et endurcie par des années de combat urbain aux côtés de leurs alliés du Hezbollah libanais.

Au Yémen, Ansar Allah (les Houthis) ayant mis la main sur d’importants stocks de ces missiles TOW pris aux salafistes viennent de s’en servir avec succès contre les forces saoudiennes et qataries lors des combats de ces derniers jours dans la province de Marib.

En Syrie, on estime qu’il y a 30.000 combattants étrangers, qu’il en arriverait en moyenne plus de 1.000 par mois en provenance d’une centaine de pays, montrant qu’il s’agit bien d’un conflit qui s’est mondialisé.

Les guerres civiles ukrainienne, syrienne et yéménite ne sont que les divers fronts de cette guerre globale indirecte menée par les États-Unis et leurs alliés contre la Russie et ses partenaires. Dans ce conflit planétaire que l’on pourrait qualifier de “nouvelle guerre froide”, l’islam radical prend une dimension de plus en plus importante. Qui contrôle la Syrie contrôle le Moyen-Orient, et aucune des puissances impliquées ne peut se permettre de perdre cette guerre. L’escalade est donc inéluctable.

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