Guerre des drones : le ciel nocturne de Strasbourg appartient aux trafiquants

À Strasbourg, des drones de trafic de stupéfiants clouent au sol les hélicoptères des secours.
Le Commissaire, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons
Le Commissaire, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

À Strasbourg, l’hôpital de Hautepierre est voisin de la maison d’arrêt d’Elsau. Pas de chance pour les blessés et autres victimes en urgence absolue : le ciel nocturne étant occupé par le trafic des drones vers la prison, les HéliSmur des SAMU 68 et 54, puis les Dragon 67 et 25 de la sécurité civile, ne peuvent plus atteindre le CHU de Hautepierre. Depuis juillet, « les patients les plus gravement blessés doivent être déposés au Nouvel Hôpital civil avant d’être transférés par la route, allongeant le délai de prise en charge », rapportent les Dernières Nouvelles d'Alsace.

Les narcos peuvent en remontrer à Bercy

On croyait ce genre d’histoires réservé aux narco-États d’Amérique du Sud. Mais non, c’est juste une nouvelle démonstration du degré de délabrement de la France. Ainsi, dans notre pays où policiers, pompiers, enseignants et tout ce qui représente une autorité légale ou morale risquent leur peau, les secouristes eux-mêmes sont empêchés d’accomplir leur mission.

Dans Strasbourg, ville du Parlement européen, le CHU voisine avec la prison dans le quartier de Hautepierre, l’un de ces QPV (quartiers prioritaires de la politique de la ville) si bien nommés. Prioritaires pour l’argent que l’État y investit grâce aux impôts payés par Nicolas et prioritaires, surtout, pour les trafics qui y fleurissent. Si la plupart des jeunes malfrats de nos cités ont été péniblement poursuivis par une scolarité aléatoire jusqu’à 16 ans, ils peuvent souvent en remontrer aux fonctionnaires de Bercy sur le plan de la technologie. À Strasbourg, ils se sont spécialisés dans le pilotage nocturne de drones.

On apprend, au détour de cette histoire, qu’il existe une tranche horaire durant laquelle sévit la « nuit aéronautique », soit de « trente minutes après le coucher du soleil à trente minutes avant son lever ». En ce moment, à Strasbourg, entre 21h20 et 5h50. C’est dans cette plage horaire que circulent les drones des trafiquants pour effectuer des livraisons aux copains détenus de la maison d’arrêt d’Elsau. En conséquence de quoi, Laurent Vialat, le responsable du groupement hélicoptères de la sécurité civile, explique n’avoir pas eu le choix : « On ne pouvait pas prendre le risque d’un accident aérien, qu’un hélicoptère avec un patient, un médecin et un infirmier à bord percute un drone », dit-il. Il a donc décidé, comme ses confrères du SMUR, de suspendre les atterrissages nocturnes à Hautepierre.

« Il ne faudrait pas que cette audience serve d’exemple »

Le 18 août, quelques jours après que la préfecture a confirmé la chose, deux jeunes gens sont passés en jugement devant le tribunal de Strasbourg. Les agents de la BAC avaient arrêté Dayanne D., 18 ans, et Mohamed O., 19 ans, alors qu’ils étaient en train de charger un drone pour une livraison : « près de 200 g de résine de cannabis, un peu d’herbe, de la cocaïne, des cigarettes, des cartes SIM, de la viande… » Si le premier a inventé une salade, prétendant qu’il voulait faire une blague sur les réseaux sociaux, le second a préféré se mettre à table : « Mon rôle était d’attacher les colis et de faire décoller le drone. » Un service payé 100 euros, 50 pour le copain qui faisait le guet. Prétextant le jeune âge (sic) de leurs clients, leurs avocats, Mes Flavie Ndocko et Safir Balbzioui, ont clamé leur indignation : « Si les problèmes d’atterrissage des hélicoptères au CHU sont réels, il ne faudrait pas que cette audience serve d’exemple. » Qu’ils se rassurent, les peines prononcées envers ces jeunes gens ne seront pas de nature à les dissuader de bosser dans les nouvelles technologies…

Quand la lâcheté des politiques s'ajoute à l’impuissance

Et maintenant, sachant qu’« en temps normal, l’hélistation de Hautepierre représente environ 80 % de son activité hospitalière à Strasbourg, contre 20 % pour celle du NHC » et que « 15 à 20 % des missions sont réalisées de nuit », que fait-on ? Le problème majeur est que « ces appareils ne sont pas déclarés et ne disposent ni de système communicant permettant de les identifier ni d’éclairage, ce qui les rend particulièrement difficiles à détecter la nuit », nous dit-on. Et donc ?

La préfecture du Bas-Rhin, reconnaissant enfin la nature du problème, assure que le dossier « fait l’objet d’une attention particulière ». C’est rassurant. Une réunion s’est tenue le 13 août entre la préfecture, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg et le groupement hélicoptères de la sécurité civile afin de chercher une solution de… repli ! Autrement dit « une zone de pose alternative » : « Il pourrait s’agir par exemple d’un terrain de football situé à proximité de Hautepierre, plutôt au nord, afin de s’éloigner du secteur où évoluent les drones. » Si ce n’est pas une capitulation, ça y ressemble fortement.

Eurodéputée du groupe Patriotes pour l'Europe, Virginie Joron est montée au créneau. Dans un communiqué publié sur son compte X, elle écrit : « Nous exigeons le rétablissement immédiat et sécurisé des atterrissages nocturnes à Hautepierre ; des moyens technologiques et humains à la hauteur pour neutraliser ces drones illégaux ; des sanctions exemplaires contre les organisateurs de ces trafics ; une réponse ferme et durable de l’État face à l’emprise des réseaux criminels sur l’espace aérien autour des prisons. » On ne peut que souscrire à sa conclusion : « Il est intolérable que la sécurité des patients les plus graves soit sacrifiée sur l’autel de l’impuissance publique face au trafic de drogue en détention. » Et pourtant...

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 20/08/2026 à 21:14.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

119 commentaires

  1. Plus rien ne va en France ,dans quelle situation sommes nous tombés , dès 2027 il nous faut un super caïd pour remettre de l’ORDRE qui aura le courage de virer les mous .

    • Des « caïds » il y en a peut-être un peu trop dans les couloir du « Pouvoir » depuis trop longtemps ! …
      Il faudrait « un élu » respectant la FRANCE et les français ! …. Ce serait « un bon début » ! …

  2. On veut. réprimer le narcotrafic ou l’encourager ? … C’est incroyable de toujours minimiser la dangerosité des prévenus alors que les conséquences de ce trafic sont gravissimes, à commencer par l’impossibilité aux hélicoptères de secours d’accéder aux hôpitaux. La livraison par drones, directement aux fenêtres des cellules, de centaines de colis de cannabis, téléphones portables, argent liquide, voire couteaux ou autres objets interdits en prison, sans réaction des établissements pénitentiaires, pire de l’État et de la Justice, montre bien la décadence de notre pays. Il est vrai que nous avons un président, et des ministres, cocaïnomanes, comment survivraient-ils sans le narco-trafic ? …

  3. Et les trafiquants ont un net avantage car avec la plus haute mosquée d’Europe à Strasbourg , le minaret peut valoir de tour de guet.

  4. Oui , mais attendez , en France les « S’tup’S sont prohibés et réprimandés » de façon à en favoriser la Vente en produits frelatés , à tous les coins de rues , exemptés de Taxes , au seul profit des « Narco’S » proliférant et s’enrichissant au point de pouvoir exercer leurs Lois dans de plus en plus nombreux quartiers ! Autrement dit : « La rançon de la prohibition-répression » ! C’est pourtant simple à comprendre . Eh bien non , cela fait plus de 70 ans que nous persistons dans cette voie absurde , avec les résultats que nous avons sous les yeux , comme si les Alcools et les Tabacs , en vente libre contrôlées par l’État étaient inoffensives pour notre Santé ! Allez comprendre ?

  5. Il n’y a qu’à inviter les membres du club de tir au pigeons…il vont se faire un plaisir de changer de cibles.

    • Exact. Les solutions et l’initiative privées sont toujours les meilleures – et les plus économiques, mais chez nous l’Administration leur ferait passer un test d’habilitation après avoir mis sur pied une cellule de contrôle.

  6. Les secours en hélico ne peuvent arriver parce que les drones du narco trafic prenne l’espace aérien en otage ? Dans la FRANCE de Macron c’est le monde à l’envers , tous les trafics sont permis et les honnêtes gens sont punis d’exister , il n’y a que la racaille qui doit exister !!!

  7. Macron va créer un comité de réflexion pour prendre en charge le problème. J’ai une petite idée des solutions envisagées,
    L’héliport du CHU servira de … Potager urbain inclusif, on y cultivera du canabis… Priorité aux circuits courts ventés par les écolos parisiens qui pérorent au parlement.

  8. Tout va bien, tout va très bien Mme la Marquise, et c’est surtout la racaille qui se porte bien aussi, merci Macron ! Elle a largement ce qu’il faut pour « sécher la France ». Nos Services d’Ordre n’en ont pas autant. Comme dit maintes fois, la France ne serait pas dans pire état si personne ne la gouvernait. Si on résume, tout est plombé, rien ne va plus ! Plus un kopeck dans les caisses, l’insécurité mortifère causée par les invasions migratoires en mode crescendo, les Services d’Ordre dépassés par l’insécurité faute de moyens matériels et surtout à cause d’une Justice pitoyable, les Soldats du feu manque d’hommes, de canadairs, de camions etc… pour résoudre les incendies apocalyptiques, les Hôpitaux, les EPADH sans climatiseurs pour ne parler que de ça, l’Armée, les Services d’Ordre mal lotis également etc etc….etc…

    • Plus un kopeck alors qu’on paye toujours plus de taxes et impôts en tout genre et que l’écart de niveau de vie entre français couche moyenne et sup commence à se creuser.

    • Ca ne date pas d’aujourd’hui ni d’hier ni avant hier mais d’il y a longtemps, vu les gardes des « sots » que nous trainons depuis des décennies, et les racailles sont mieux considérées que les victimes

  9. « On croyait ce genre d’histoires réservé aux narco-États d’Amérique du Sud. » Inversion des propositions : On croyait que la France se distinguait des narco-États d’Amérique du Sud, mais elle s’en rapproche chaque jour, espérant les rejoindre puis les dépasser avant le fin du 2ème quinquénat.

  10. En France, il est strictement interdit de faire voler un drone au-dessus de l’espace public en agglomération, des rassemblements de personnes, des sites sensibles (centrales nucléaires, bases militaires, prisons), et à proximité immédiate des aéroports ou aérodromes.

    • Il faudrait un ou deux soldats armés, dans chaque cour de prison où a lieu ce manège de drones la nuit, pour tirer sur les drones et les abattre avant qu’ils se rapprochent des fenêtres. Évidemment, ça ferait du tapage nocturne et peut-être des dégâts collatéraux. Sinon, il faudrait deux guetteurs dans chaque cour de prison la nuit pour donner l’alarme quand les drones survolent la cour et repérer les fenêtres ou arrivent les colis pour pouvoir les intercepter aussitôt. Je pense qu’il y a plusieurs solutions possibles, dont celle aussi de poser un treillis métallique serré devant chaque fenêtre afin qu’on ne puisse rien y introduire de l’extérieur. Bien-sûr, tout cela a un coût, mais au lieu de dépenser des milliards d’euros en Ukraine en pure perte _ ce pays,par ailleurs mafieux. et corrompu, étant déjà au bord de la ruine, en échec militaire et sans combattants volontaires pour rejoindre le front, mieux vaudrait mener la guerre aux narco-trafiquants avec toutes sortes de mesures préventives et des sanctions pénales dissuasives.

      • Ce ne sont pas les solutions techniques qui manquent. Pour commencer 1 mois de mitard pour le détenu contrôlé avec drogue ou portable en cellule. Après il y a les patrouilles, les caméras, les filets, les brouilleurs, …. et le tir aux pigeons nocturne (on peut créer un club et demander l’inscription de la spécialité au CIO !) Le seul véritable obstacle à tout cela a un nom : Macron.

      • Oui je me pose la question, leurs fenêtres s’ouvrent comme de banales fenêtres ?! Je pensais qu’en prison il n’y avait que des vitres et encore. Vraiment on croirait un film surréaliste… C’est risible, pathétique, navrant… Notre beau pays se fait massacrer, il n’en restera plus rien de ce qu’il a été si on ne se soulève pas, nous les vrais français patriotes.

  11. Bien sûr, la solution paraît évidente aux ignares que nous sommes : des filets anti-drones.
    Mais, outre que ça doit coûter cher et que les caisses sont vides, souvenez-vous : quand il avait été question d’installer des brouilleurs pour que les téléphones entrés illégalement en prison ne servent plus à rien, pas possible : ça aurait brouillé les communications des honnêtes citoyens habitant à proximité des prisons.
    Alors, il y a fort à parier qu’on va nous expliquer que les filets anti-drones, c’est pas possible, ça risquerait de piéger les petits oiseaux…

    • Les caisses ne sont vides que pour ce que l’État ne veut pas financer. Il y a de l’argent pour Zelensky, des milliards d’euros sont déjà partis en fumée, ou pour aider des pays en développement _ je ne dis pas qu’il ne faut pas les aider, mais peut-être avec plus de discernement. Heureusement, depuis 2022, la France ne verse plus aucune Aide au Développement à la Chine, ce qu’elle a fait pendant 18 ans.

  12. un filet à mailles fines au dessus des prisons devrait faire l’affaire et sinon faut créer un nouveau ministère du dronoland….

    • J’y pensais depuis un moment à la solution filet ! Sauf qu’il faudrait un filet rétractable dans
      la journée ou la nuit pour permettre les arrivées de malades urgents… Et des patrouilles plus
      fréquentes les nuits, c’est pas possible ? Que fait la police ?

    • Parce que vous pensez que les solutions techniques efficaces ne sont pas connues ? parce que vous pensez que ça fonctionne comme ça dans les autres pays civilisés ? On nous prend pour des jambons. La racaille a la vie belle en France et les honnêtes gens payent. Le prix fort. Et on sait que les sniffers sont « assez haut palces » . Ceci explique peut être cela.

Les commentaires sont fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Yves-Marie Sévillia et Boulevard Voltaire ⇦

L’assimilation fonctionne très bien, mais pas dans le sens attendu

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois