C’est un bruit qu’on entend résonner avec beaucoup d’insistance ces temps-ci : le PS pourrait bien ne pas survivre au mandat Hollande. Ni même au prochain congrès du PS dont la date est attendue par certains comme le condamné attend celle de son exécution.

Les plus contestataires, d’ailleurs, accusent Cambadélis – leur nouveau patron – de « jouer la montre », soit tenter d’atteindre 2016 pour faire taire la bronca à un an des présidentielles… en espérant en reprendre pour un tour puisque c’est tout ce qui compte !

M’étonnerait que ça dure jusque là… Entre un Montebourg que plus rien ne retient et dont la mégalomanie explose en vulgarité gouailleuse, des frondeurs ficelés sur leur machine à remonter le temps, des éléphants que rien ne peut déloger et un président-girouette qui passe son temps à défaire aujourd’hui ce qu’il a fait hier, les Français n’en peuvent plus. Les socialistes non plus, quel que soit leur courant.

La preuve ? Le camouflet que , maire de Lille, vient d’envoyer à Manuel Valls. Pour tenter de vendre une politique qui consiste à renier tout ce que le candidat Hollande a pu déclarer et promettre durant sa campagne, le Premier ministre fait sa tournée. Ovationné fin août à l’Université du Medef, reçu en grande pompe par le 23 septembre à Berlin, foulant hier le tapis rouge de la City londonienne aux côtés de David Cameron, Manuel Valls se rendra à Lille, capitale du Nord, jeudi prochain. Mais là, personne pour le recevoir : Martine Aubry, plus occupée assurément que la chancelière allemande ou le Premier ministre britannique, a déjà fait savoir qu’elle était « surbookée ». Pas de place dans son agenda pour recevoir le chef du gouvernement de son pays et accessoirement son camarade de parti. Entre conseil de surveillance du CHU, pose de la première pierre du centre de cardiologie et « vernissage de l’exposition Passion secrète » (sic), Madame Aubry est très busy.

Surtout, en bonne fille de haut fonctionnaire ayant elle-même fait toute sa carrière dans la fonction publique et le grenouillage politique rhabillé en service de l’État, celle qu’on appelle « la Mère Tapedur » n’apprécie par le virage prétendument libéral du gouvernement. Entendre Manuel Valls déclarer son amour pour l’entreprise en français, en allemand, puis hier en anglais – « Ich mag die Unternehmen ! », « My government is pro-business » – a dû lui faire tourner la bière dans l’estomac.

Martine Aubry déteste François Hollande, déteste Manuel Valls (on la dit très portée sur la détestation). Pire, elle les méprise, au point d’avoir négocié en coulisse avec Cécile Duflot la participation/opposition des Verts au gouvernement. Aujourd’hui, au total mépris des règles d’élémentaire politesse et de solidarité politique, elle choisit de détériorer encore un peu plus l’image de ce gouvernement et du monde politique en général. C’est pitoyable.

Aux dernières municipales, Martine Aubry, réélue, a vu son score reculer de 12 points par rapport au scrutin précédent. Larmoyante de colère, elle a craché sur les électeurs du Rassemblement Bleu Marine, disant qu’elle « pouvait comprendre leur impatience et leur colère, mais les valeurs de l’extrême droite ne sont pas les valeurs du Nord. C’est un vote de violence et d’intolérance. »

La maire de Lille refuse de recevoir le Premier ministre. Un bel exemple de tolérance qui ne s’étend même pas jusqu’à son propre camp. C’est sûr, les électeurs retiendront la leçon.

PS : on apprend ce mercredi matin qu’il s’agirait d’un « malentendu », et Martine Aubry tient à le lever. Elle a finalement trouvé un peu de place dans son agenda surchargé pour entrevoir le Premier ministre : « Bien évidemment, je viendrai le saluer », a-t-elle confié à France info.

8 octobre 2014

À lire aussi

Mélenchon veut se réconcilier avec la presse… Laquelle, au juste ?

Alors, il revient à Canossa, la tête couverte de cendres, pour lécher les bottes de ceux q…