Blog - Editoriaux - Histoire - Justice - 6 juillet 2015

Une guenon coûte bien plus cher qu’une truie

En France, une candidate sur une liste électorale de l’opposition peut être condamnée – en première instance – à neuf mois de prison ferme, 5 ans d’inégibilité et 50.000 euros d’amende 1 pour avoir comparé le garde des Sceaux à une guenon. Et, dans cette même France, un blogueur anonyme du site politeeks.info peut traiter Marine Le Pen de « truie lepéniste » sans que sa condamnation lui coûte grand-chose.

L’histoire remonte à avril 2013. Suite à l’affaire Cahuzac, le blogueur « de gauche qui tape partout », s’inquiétant du profit que la présidente du Front national pouvait en retirer, l’avait affublée du nom de ce charmant animal. Quelques jours plus tard – en raison d’une plainte contre X pour « injure publique » -, il devait répondre aux questions d’un officier de police pour, selon lui, « un fait anodin ». Il expliqua ainsi à cet OPJ que tout ceci n’était qu’une « allégorie, une image du FN, des élus, candidats, militants et sympatisants » : la chose lepéniste, donc […]. Tous des porcs, quoi ! Il aura même le culot d’affirmer n’avoir nommé personne, tout en reconnaissant – prudent – que le terme pouvait « être pris comme une injure ».

Néanmoins, pas trop bien dans ses baskets et un tantinet paniqué, il relatera – sur son site, en six épisodes – les suites de la plainte, s’étonnant même que seulement 590 vues en un mois pour ce billet injurieux lui valent une telle considération. Vous voyez le rapport ? Moi non plus.

Surtout, avec le sens de la mesure qui semble le caractériser, il imaginait déjà que « la dame en question » allait lui « demander des sommes folles » – on le comprend, le précédent “Anne-Sophie Leclère” a dû l’inquiéter – et prévenait : « Je suis presque insolvable… et dans le besoin en attendant des jours meilleurs […] ». L’insolvabilité pour échapper à la sanction ? Comme c’est commode…

Eh bien, si les juges de la XVIIe chambre ont effectivement condamné ce blogueur anonyme, estimant que le terme « truie » relevait d’ une « expression outrageante », d’un « terme de mépris » à l’encontre de la présidente du Front national, la comparant à « un animal réputé sale et disgracieux », en revanche, ils se sont montrés autrement plus cléments envers ce dernier que les juges de Cayenne envers Anne-Sophie Leclère : 200 euros d’amende avec sursis et… 1 euro de dommages et intérêts pour Marine Le Pen !

Y a pas à dire, une guenon vaut beaucoup plus qu’une truie !

Notes:

  1. La cour d’appel de Cayenne a, depuis, annulé la condamnation de l’ex-candidate FN aux municipales, Anne-Sophie Leclère.

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