Véhicules retournés, pneus brûlés, chauffeurs et clients agressés, périphériques et aéroports bloqués : on se souvient encore de la précédente « grève » des taxis en juin dernier et au cours de laquelle notre pays avait une nouvelle fois donné une belle image de lui-même.

Les chauffeurs de taxi manifestent de nouveau ce jour et Paris va redevenir le champ de bataille sur lequel s’affronteront taxis et VTC (véhicules de transport avec chauffeur).

D’un côté du ring, les chauffeurs de taxi, protégés par leur monopole et leurs licences distribuées au compte-gouttes. Jouissant d’un privilège légal, qui provoque un énorme manque de chauffeurs (4 à 5 fois moins à Paris qu’à Londres ou New York), et pratiquant des prix exorbitants sans se soucier de la concurrence.

En face, la multinationale Uber, profitant d’une réglementation floue autorisant ses chauffeurs à se passer de licence, dynamitant le marché en cassant les prix et en inventant la géolocalisation des chauffeurs.

Si les taxis ont réussi, l’an dernier, à faire interdire une partie des services d’Uber, le géant californien a pourtant redynamisé le secteur et permis d’améliorer la qualité générale du service, taxis et VTC confondus.

Mais tout n’est pas rose autour de cette multinationale high-tech dont les méthodes peu scrupuleuses d’évasion fiscale ou de surexploitation de ses chauffeurs sont régulièrement dénoncées. Ces derniers, auto-entrepreneurs et non salariés, dénoncent souvent le manque de considération de la firme à leur égard.

Une offensive américaine contre le petit chauffeur de taxi indépendant ?

Location de licence et salariat sont largement répandus dans la profession de taxi, et lui ont fait perdre son essence artisanale dont les médias et les politiques nous rappellent sans cesse l’image d’Épinal.

Deux tiers des 18.000 taxis parisiens sont affiliés au groupe G7, un mastodonte au chiffre d’affaires de plus de 550 millions d’euros qui représente, à lui seul, la toute-puissance du lobby des taxis.

Les méthodes de cette ne sont guère plus reluisantes que celles de son adversaire américain. Le groupe s’est notamment développé en organisant la pénurie de taxis dans les rues parisiennes pour le plus grand bonheur de sa très rentable centrale de réservation téléphonique, obligeant par là même les taxis indépendants à s’affilier.

Blocage de l’attribution de nouvelles licences ou opposition à une desserte ferroviaire directe entre Paris et ses aéroports, G7 et le lobby des taxis sont le reflet du capitalisme de connivence à la française où les intérêts des élites priment.

La réalité du métier de chauffeur de taxi ou de VTC est bien moins idyllique, alors que les propriétaires ayant amorti leur licence arrivent à gagner plusieurs milliers d’euros par mois. Les locataires, endettés ou autres auto-entrepreneurs doivent se contenter d’une vie bien plus modeste, voire précaire.

Cette grève “risque d’être fortement suivie et très dure”, a prévenu Serge Metz, le PDG de Taxis G7. On comprend, dès lors, tout l’intérêt qu’aurait l’homme à encourager ce mouvement au détriment de son concurrent américain, et surtout du client français.

On assiste donc de facto à une bataille féroce entre une “world company” déracinée et un grand groupe proche du pouvoir. Les deux utilisant leur puissance et leur batterie de conseillers fiscaux et juridiques pour exploiter au mieux les nombreuses failles de l’État-Léviathan. Les deux contre le petit commerce et l’enracinement.

S’il faut encourager le démantèlement de l’État-nounou qui, comme l’écrivait Tocqueville, par son réseau de petites règles compliquées et minutieuses, amollit les volontés et nous mène à la condition d’animaux timides et industrieux, ce combat passe également par un réenracinement de notre qui ne pourra se faire en favorisant le gigantisme des sociétés multinationales.

25 janvier 2016

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