Ainsi donc, est timbrée. Complètement, définitivement timbrée. Là, les uns vont me dire que je n’ai aucune preuve, que j’exagère, que même mes propos sont inadmissibles, les autres me répliquer qu’on savait ça, que la nouvelle n’est pas fraîche de ce matin, bref, que c’est une non-information, un non-événement et que la planète a bien d’autres soucis que de s’occuper de la vestale de l’écologie mondiale.

Greta Thunberg est timbrée : je veux dire qu’elle vient d’accéder à la consécration suprême, celle d’avoir sa frimousse en effigie sur un timbre-poste. Comme le roi. Sur ce timbre, la délicieuse Suédoise à taille d’allumette et qui n’a pourtant rien d’une allumeuse est représentée au bord d’une falaise – nous sommes au bord du précipice, rappelons-le -, dans son fameux ciré jaune, ses nattes de première communiante au vent. Elle contemple des oiseaux parcourant le ciel, qui semblent être, au premier abord, des hirondelles. Mais notre petit Buffon nous dit qu’il s’agirait de martinets noirs. Hirondelles ou martinets noirs, j’avoue mon incompétence, mais ça doit être un peu cousin. En tout cas, il ne s’agit pas de chouettes ou de hibous. « Ces oiseaux », a expliqué l’artiste suédois Henning Trollbäck, auteur du dessin, « passent presque tout leur temps dans les airs, sont constamment en mouvement et voyagent dans le monde entier autrement (sans polluer). Je pensais que ce serait un choix approprié pour représenter la lutte incessante de Greta Thunberg. »

Pas question, donc, de représenter Greta Thunberg en oiseau de mauvais augure. Et puis, c’est joli comme tout, un martinet ou une hirondelle, même si cette dernière ne fait pas forcément le printemps. Comme Greta Thunberg ? Notons que le martinet noir est réputé pour son sifflement strident lorsqu’il s’amuse à faire des zigzags dans le ciel avec ses copains. Comme Greta Thunberg ? Il paraît aussi qu’à la différence de l’hirondelle, il ne se pose jamais, même pour dormir ou s’accoupler. Comme Greta Thunberg ?

Passées ces considérations ornithologiques, précisons que ce timbre à l’effigie de la depuis peu majeure fait partie d’un carnet mettant en valeur les objectifs du gouvernement suédois en matière de préservation de l’environnement. Kristina Olofsdotter, de PostNord, déclare : « Nous sommes ravis que Greta, parmi plusieurs illustrations de nature importante, soit symbolisée sur nos timbres. » Elle n’aurait pas été ravie, elle n’aurait rien dit ou le timbre n’aurait pas vu le jour. Par ce timbre, il s’agit donc de reconnaître le travail de Greta pour « préserver la nature unique de la Suède pour les générations futures ». Point positif : on envisage donc qu’il y ait des générations futures. On avait cru comprendre que chez certains extrémistes de l’écologie, on pouvait aller jusqu’à renoncer à avoir des enfants dans le but de préserver la planète.

Mais laissons la philatélie et revenons à nos petits oiseaux. On dit plein de choses sur l’hirondelle. Lorsqu’elle effleure la terre et la surface des eaux pour chiper des insectes, ce serait signe de pluie. Quand elle vole haut dans le ciel, ce serait signe de beau temps. Comme Greta Thunberg ? On dit aussi que lorsque l’hirondelle passe sous le ventre d’une vache, elle ferait tourner son lait en sang. Comme Greta Thunberg ? Qu’elle porte bonheur, que détruire son nid serait sacrilège. Comme Greta Thunberg…

15 janvier 2021

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