Grèce : quel que soit le chemin choisi, la route sera pénible

Le “non” est vainqueur, nul ne peut prédire l’avenir. À moins que…

Première hypothèse, les Merkel et consorts mettent un peu d’eau dans leur ouzo, révisent leurs exigences légèrement, symboliquement à la baisse, laissent à Tsípras l’occasion de faire valoir un succès à ses compatriotes ; on signerait alors la paix des braves et on se retrouverait peu ou prou dans la situation d’un “oui” bis. L’honneur serait sauf de part et d’autre mais les perspectives identiques. Les Grecs pourraient alors escompter éviter une crise immédiate de liquidité, mais les contraintes (hausse de TVA, exigence « d’orthodoxie » budgétaire, etc.) – même moindres – exigées par leur pourvoyeurs de fonds ne sauraient susciter l’enthousiasme. Pas question de reprise keynésienne, pas d’argent facile, pas de croissance, bref un PIB faible et un chômage – des jeunes, en particulier – pour encore quelques années.

En revanche si le “non” durcit les positions des négociateurs, alors le maintien de la Grèce dans la zone euro est compromis. Pour l’Europe, ce ne serait pas une catastrophe économique. La Grèce ne pèse même pas 3 % du PIB de l’Union européenne. Les banques privées se sont déjà largement désengagées, leur risque est connu et faible. La BCE a tous les outils pour répondre à un risque systémique de liquidité, les acteurs ont déjà anticipé la situation. Côté grec, le gouvernement reviendrait à la drachme, le système bancaire serait fortement dégradé, Tsípras décréterait le contrôle des changes, le niveau de vie de ses compatriotes baisserait sensiblement au moins dans un premier temps. La Grèce ne pouvant plus emprunter, l’État serait contraint à un minimum de respect budgétaire, le pays devrait revenir à l’équilibre, sinon de la balance commerciale, au moins de la balance des paiements. Fâcheux, mais ce purgatoire économique serait une occasion historique pour le pays de repartir sur une base saine et pour développer lui-même une économie compétitive.

On le voit, quelle que soit l’hypothèse, la route sera pénible. Personne ne s’en étonnera, les faits sont les faits et ce n’est pas un référendum qui assainira les finances athéniennes ni relancera l’économie du pays. Dans ce cas, Tsípras a-t-il bien fait d’interroger son peuple ?

Disons-le tout net : non seulement il a bien fait mais c’était la seule chose à faire. Depuis des années, les partenaires européens traitent les Grecs sinon comme des enfants, du moins comme des adultes immatures : ils ont triché comme des écoliers pour rentrer dans l’euro, ils sont incapables de prélever l’impôt, ils ne cessent d’emprunter de l’argent aux parents… Et l’Allemagne et consorts, excédés, de gronder : “Je te prête si tu passes tel taux de TVA à 23 %, si tu fais ci, si tu fais ça.” En d’autres termes : « Tu auras ton argent de poche si tu ranges ta chambre, fais tes devoirs… » Rien de sain ne saurait arriver dans ce rapport pervers parents/enfant. Hélas, les Grecs eux-mêmes se complaisent dans cette situation en proclamant : « On vote “non”, on ne veut pas rembourser, mais on veut quand même les euros. »

Tsípras, en recourant au référendum, a – peut-être involontairement – donné l’occasion, ou plutôt obligé ses compatriotes à choisir et assumer leurs choix en adultes. Ils risquent d’être obligés d’assumer leur “non” de sortir de l’Europe. Si c’est le cas, ils souffriront dans un premier temps mais bâtiront enfin un État digne de ce nom et ne devront le réveil de leur nation qu’à eux-mêmes. Vive la démocratie, vive le référendum !

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