Notre civilisation doit beaucoup à la Grèce, à son âge d’or et aux lumières de l’antique Athénien. Elle en a reçu le présent inestimable qu’est la démocratie.

Mais elle en a hérité, aussi, ce genre théâtral faisant appel aux mythes et dont les pièces se finissent généralement de manière tragique. L’histoire qui se déroule sous nos yeux est, à cet égard, le symbole de cet héritage, de même qu’une satire des valeurs que celui-ci est sensé nous léguer.

Cette nation novatrice et humaniste, inventeur de la souveraineté du peuple, vit aujourd’hui une tragédie, comique à force d’être pathétique, dont la clef se trouve dans les dérives de sa gouvernance.

Une fois encore (une fois de trop ?), les Grecs sont appelés à s’exprimer ce dimanche dans les urnes. Il leur est demandé de choisir ceux qui parleront en leur nom. Car leur modèle politique, dont le nôtre est la réplique, se nomme « démocratie représentative ». Nous crûmes longtemps que ce choix était le garant de la rectitude du pouvoir et la caution du contrôle de la délégation.
La réalité est un peu différente. De proche en proche, la Grèce s’est enfoncée dans un environnement économique et social illusoire et précaire. Quels que furent ses choix électoraux, sa destinée fut identique. Si bien que ce peuple découvre avec consternation, comme effarouché par ce qu’elle pourrait considérer comme un abus de confiance, que ses dirigeants l’ont conduit, avec toute la perversité démagogique et l’inconscience possible, dans une impasse tragique.

Dès lors, croyant pouvoir se passer de la représentativité, il imagina pouvoir y substituer un modèle d’expression directe. Mais cela était sans compter avec la perfidie des forces qui ont mis la main sur ce pays et qui, usant des chantages les plus insidieux, lui imposent des mesures auxquelles il ne peut plus se soustraire, sauf à se trouver étranglé.

Le choix ne se dessine désormais, pour lui, qu’entre la liberté miséreuse acquise par la force et la « prodigalité » juste suffisante d’un asservissement mortel.

En héritière de plein droit de ce destin civilisationnel commun, comment la France pourrait-elle se soustraire à un désastre prévisible et promis, que les incohérences de ses dirigeants ont indéniablement induit ? Sentant les dangers à sa porte, elle a cru, elle aussi, pouvoir maîtriser les risques par une reprise en main de son destin. C’était en 2005. Elle en fut empêchée. La leçon ne fut, malheureusement, pas suffisante.

Si bien que l’avenir du peuple de France semble se dessiner comme la réplique épouvantable du spectre tragique d’une Grèce moribonde. Son mythe fatal est la mort de sa souveraineté, paradoxe étrange pour le géniteur des droits de l’homme.

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21 septembre 2015

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