Les « Grand Travaux », un jour peut-être, seront étudiés sous l’angle de la psychiatrie. Ou de l’ethnologie. En effet, ils marquent tout particulièrement nos présidents français, monarques républicains hantés par le Grand Siècle et le souvenir de Louis XIV à Versailles. Ce n’est pas pour rien, d’ailleurs, que ceux-là ont fait du pavillon de la Lanterne leur maison de week-end.

Le plus emblématique de nos princes bâtisseurs fut feu François Mitterrand. Coursé par son cancer, il fit de ses projets pompeux, parallélépipédiques et pyramidaux, la marque branlante de son septennat. Inaugurés en grande pompe en 1989, menaçant ruine à peine achevés, les Opéra Bastille, Grande Bibliothèque et Arche de la nous auront bientôt coûté aussi cher en réparations qu’en frais de construction. Et Dieu sait qu’ils nous ont coûté cher… Hélas, il semble qu’en ce domaine particulier, aucun n’apprenne jamais du passé.

Ainsi, nous regardons aujourd’hui sortir de terre, dans l’est de la capitale, la gigantesque salle de la Philharmonie de Paris. Mais le lieu est maudit. La Philharmonie une Arlésienne, celle qu’on espère toujours et qu’on ne voit jamais. Réclamée par le tyrannique Pierre Boulez au temps des Trente Glorieuses (1970 !), le projet de lancement a été annoncé en 2006, sous l’ère Chirac, donc. Et, puisqu’on ne change pas les équipes qui gagnent – surtout beaucoup d’argent car on le dit fort gourmand –, c’est Jean Nouvel qui a été choisi pour la réalisation du projet.

Un projet initial estimé modestement à 170 millions d’euros et aujourd’hui évalué à… 386 millions d’euros. Peut-être davantage car cette estimation date d’octobre 2012.

On accuse Jean Nouvel, aussi réputé pour ses dépassements budgétaires que pour son architecture audacieuse, d’avoir minimisé volontairement les coûts afin d’emporter le chantier. Un chantier pris en charge à 45 % par l’État (qui n’a plus un rond), à 45 % par la ville de Paris (qui n’en a guère plus), et 10 % par la région Île-de-France (qui a mieux à faire). À cette heure, personne ne veut payer le surcoût. l’a réaffirmé haut et fort la semaine passée : elle ne paiera pas. Le ministère de la Culture non plus. La région pas davantage. Alors qui ?

Problème : la salle doit ouvrir en janvier prochain et la programmation, fort alléchante, est bouclée depuis belle lurette. Alors les travaux se poursuivent, ignorants des caprices de l’architecte qui juge les moyens insuffisants pour terminer son grand œuvre de métal. Craignant « la rouille à venir sur les murs du Philharmonie, Nouvel demande un acier inoxydable qui rendra les reflets du ciel éternels ». Et la facture avec.

11 septembre 2014

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