Editoriaux - Politique - Radio - Santé - Société - 9 octobre 2014

GPA : l’esclavagisme new look

Il y a presque deux siècles, on abolissait définitivement l’esclavage en France. Aujourd’hui, on pourrait l’admettre à nouveau, et même nous faire croire que c’est une nécessité qu’il faut accepter au nom de l’égalité et du droit à posséder un enfant.

Les commentateurs politiques nous affirment que la famille a changé, que le cadre de vie de l’enfant ne se résume plus à un père et une mère, qu’il peut être panaché au gré des envies et de la liberté de chacun, qu’il s’agit d’une avancée sociétale, que la majorité des Français y est favorable, et qu’y être opposé est une attitude réactionnaire passéiste à la limite du pathologique. De toute façon, pourquoi manifester sachant que nous ne pourrons pas faire machine arrière, affirma un de nos brillants exégètes de l’action politique, entendu le lendemain de la Manif pour tous du 5 octobre sur une des radios qui distraient mon petit déjeuner, s’appuyant pour cela sur la mollesse des déclarations de la plupart des responsables politiques d’opposition, et sur le postulat naïf qu’il ne sert à rien de manifester quand la cause qu’on combat est si juste qu’elle relève presque du sacré, et que même le bon peuple y est favorable selon le dernier sondage en vigueur.

Soit ! Mais imaginons un instant que nous soyons au début du XIXe siècle. L’esclavagisme est bien intégré à l’économie et s’inscrit parfaitement dans une société qui ne souhaite pas le remettre en cause, car il apparaît comme une nécessité incontournable. Pourtant, sous l’impulsion de Victor Schoelcher, la France mit fin définitivement à cette pratique en 1848. Nous retrouvons aujourd’hui, avec la GPA, le schéma esclavagiste aboli il y a deux siècles : profiter d’un climat économique favorable pour exploiter un individu, et commercialiser le fruit de cet asservissement – l’enfant – grâce à l’intermédiaire des négriers modernes que sont les médecins véreux qui cautionnent le système en Inde, en Grèce, aux États-Unis ou ailleurs.

Comment peut-on espérer revenir aujourd’hui à ces pratiques, justifier moralement un tel système, et qualifier ceux qui s’y opposent de stupides passéistes ?

À court d’argument moral, les défenseurs du système mettent en avant l’intérêt juridique pour la victime (l’enfant à défaut de sa mère) d’officialiser ce type de commerce, alors que cela ne servirait en réalité qu’à légitimer l’action des instigateurs, et à justifier le prétendu bien-fondé de leurs désirs égoïstes.

La participation des médecins à ce trafic me paraît totalement incompatible avec l’éthique médicale, mais je ne suis sans doute qu’un passéiste stupide.

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