Editoriaux - Justice - Médias - Société - Table - 4 octobre 2014

GPA : la ficelle est un peu grosse, Manuel Valls !

Incroyable, n’est-ce pas, que Manuel Valls choisisse Têtu en 2011, lors de la primaire socialiste, pour affirmer que « si [la gestation pour autrui] est maîtrisée, elle est acceptable, donc j’y suis favorable » et qu’il choisisse La Croix, à la veille d’une nouvelle Manif pour tous, pour affirmer avec la même force que la GPA est « une pratique intolérable de commercialisation des êtres humains et de marchandisation du corps des femmes ».

Un revirement « spectaculaire », comme l’ont souligné les médias… Spectaculaire d’opportunisme et de mauvaise foi.

En 2011, le Premier ministre parlait d’une « évolution incontournable » pour répondre à ceux qui étaient « par principe hostiles » et craignaient une « dérive vers une marchandisation des corps ». Nous pourrions être très naïfs et tentés de croire que le matador a changé d’avis, mais tous les faits prouvent le contraire…

Pour commencer, cette annonce intervient au lendemain de la date limite que le gouvernement français avait pour faire appel de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) contraignant la France à reconnaître les liens de filiation établis à l’étranger, au nom de « l’intérêt supérieur de l’enfant ».

Ce même intérêt que des adultes ont d’abord piétiné en le privant de père ou de mère avant de l’invoquer pour justifier leurs méfaits…

Manuel Valls n’a rien fait.

Il ose, ensuite, venir affirmer que « le gouvernement exclut totalement d’autoriser la transcription automatique des actes étrangers, car cela équivaudrait à accepter et normaliser la GPA »…

Exact, sauf que c’est exactement ce qu’ordonne la CEDH sans que son gouvernement n’ait bronché. C’est également ce que préconise la circulaire Taubira sur laquelle il n’est jamais revenu. Le gouvernement continuera donc de faire ce qu’il fait déjà : il laissera les couples concernés porter leurs demandes devant les tribunaux et la justice tranchera, évidemment dans le sens imposé par la CEDH, dont les décisions surpassent tout simplement les lois nationales…

Mais ce n’est pas tout.

La semaine dernière, le 26 septembre, la société américaine Circle Surrogacy faisait la promotion de la GPA, pourtant interdite par notre loi, et proposait de mettre les couples intéressés en relation avec des mères porteuses, le tout dans un hôtel de luxe parisien à quelques mètres de l’Assemblée nationale…
L’association Juristes pour l’enfance avait déjà porté plainte, il y a dix mois, et Laurence Rossignol avait alors promis, après avoir affirmé ne pas être au courant (nous prenant déjà pour des imbéciles…) qu’elle renforcerait le dispositif pénal de lutte contre la GPA.

Rien n’a été fait. Cette intervention était prévue depuis six mois et n’a pas été interdite. L’enquête confiée à la Brigade de répression de la délinquance sur la personne à la suite de la première plainte, le 10 janvier dernier, n’a encore donné lieu à aucune poursuite…

Les belles déclarations de veille de manifestation n’intéressent personne si elles ne sont suivies d’actes. Or, les faits sont là : Manuel Valls est aujourd’hui à la tête d’un gouvernement qui laisse le trafic d’enfants se faire sur le sol français.

La ficelle est donc un peu grosse, et si l’idée était de faire faiblir la mobilisation, peu de chance que les manifestants soient dupes !

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