Le Monde l’avait annoncé, la publication de sa nouvelle composition dans le Journal officiel du 22 septembre l’a confirmé : l’Élysée s’est offert un Comité consultatif national d’éthique (CCNE) à sa main. De quoi sans doute éviter les heurts lorsqu’on abordera les questions qui fâchent : débat sur l’euthanasie et PMA pour les couples d’homosexuelles et les femmes célibataires.

Le CCNE est une instance à qui est confiée la mission « d’éclairer les progrès de la science, soulever des enjeux de société nouveaux et poser un regard éthique sur ces évolutions ». Il comporte un président nommé par le président de la République, et 39 membres élus pour quatre ans : 5 appartiennent aux « principales familles philosophiques et spirituelles » (c’étaient jusqu’ici des religieux), 19 sont choisies pour « leur compétence et leur intérêt pour les problèmes éthiques », les 15 autres appartenant au « secteur de la recherche » (INSERM, CNRS, Institut Pasteur, etc.).

Qu’on renouvelle les membres n’est pas en soi chose étonnante, mais on peut s’interroger lorsque tous les religieux sont remplacés par des laïcs. Et bienvenue, semble-t-il, aux proches du pouvoir comme Jean-Pierre Mignard (ami intime de ) ou la sénatrice Michelle Meunier. On sait, certes, combien ce gouvernement veut faire de la sa nouvelle religion, mais le CCNE n’est pas une salle de classe, c’est au contraire un lieu où les différentes composantes spirituelles doivent s’exprimer.

Écarté – il a appris son éviction par voie de presse ! –, le pasteur Louis Schweitzer ne mâche pas ses mots : « On veut faire payer aux représentants religieux leurs positions plutôt hostiles au mariage pour tous. En les écartant de la réflexion sur des questions de société, le gouvernement impose une vision de la fermée au risque d’appauvrir le débat », dit-il au Figaro. Pour lui, l’objectif est clair : « Le gouvernement veut s’entourer de personnalités qui prendront des positions dans le sens souhaité. » Ça y ressemble, en effet. Il faudra donc suivre attentivement les positions du Comité consultatif national d’éthique lorsque vont revenir dans le débat les questions polémiques sur « la fin de vie, le , ou l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes ».

Ratatiné dans l’opinion et bientôt sans doute dans les urnes, le gouvernement veut imposer aux Français non pas des réformes mais des changements sociaux en profondeur. Et pas question pour lui que le Comité consultatif national d’éthique vienne se mettre en travers.

24 septembre 2013

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