Editoriaux - Histoire - International - Presse - 16 juillet 2013

God save the royal baby!

Désolée de devoir le dire, et pardon aux mânes des ancêtres tombés au champ d’honneur à Trafalgar ou Waterloo, mais les Anglais sont autrement plus malins que nous pour échapper à la crise. Anniversaire de la gracieuse Queen, fêtes du jubilé, et maintenant royal baby… voilà assurément de quoi redonner le moral à la nation.
Dix jours que la presse campe sur le trottoir devant St. Mary’s Hospital, guettant l’arrivée du ventre où s’écrit l’avenir de la nation. Les reportages se succèdent, en prime time et en direct : « Est-ce que ça bouge ? », demande la dame en studio, à quoi l’envoyé spécial de 7 sur 7 répond « Pour l’instant, rien ne bouge à l’intérieur ». On espère pour l’Angleterre que ça bouge encore !

Tout est en place : les bobbies pour encadrer la porte, l’obstétricien pour encadrer la mère, la suite royale à 7.300 euros la journée et le prince William dans les starting-blocks. Il va assister à l’accouchement de son épouse mais pas le ministre de l’Intérieur, dispensé désormais de cette tâche ingrate. On comprend : vous imaginez Manuel Valls, les sourcils froncés sur son regard noir pour souhaiter à un royal enfant la bienvenue dans ce monde ? Le petit retourne illico d’où il vient, en tout cas c’est à craindre. Enfin, qu’on se rassure, le protocole sera respecté : la reine, première informée, préviendra ses sujets par laquais, Tweeter et Facebook interposés, puis les parents feront connaître le prénom. 62 coups de canon à la tour de Londres, 41 à Hyde Park. Et demain, si tout va bien, à l’heure où ce papier sera en ligne, l’Union Jack claquera partout au vent et l’on entendra sauter les bouchons de champagne jusque de ce côté de la Manche.

Évidemment, nous qui avons raccourci notre roi n’avons plus d’histoires de princesses et de princes charmants pour rêver. Il y a longtemps que les carrosses sont à la remise. Ne restent que les citrouilles et les sorcières. Qui pourrait rêver (un exemple) sur une Cécile Duflot en pantoufle de vair ? Et notre président normal à teinture, boudiné dans son costume, qui fait-il rêver ? Au lieu de raconter ses fadaises de 14 juillet sur la France qui redémarre, la croissance qui s’ébranle et le chômage qui hésite, ne pourrait-il faire un effort ? Une idée, comme ça : épouser l’une de ses femmes, pour une fois. Être père, ou grand-père.

Il est vrai qu’en cinq ans, son prédécesseur nous avait déjà offert tout cela : une belle famille sur papier glacé, puis un divorce, puis une idylle avec une égérie de la gauche bobo, puis un remariage, puis un enfant de Bonpoint et Cyrillus et même les chansons de sa maman pour l’endormir. Là-dessus, rien à lui reprocher : Sarkozy a donné de sa personne. Il a tout essayé mais ça l’a pas fait… Il faut alors croire qu’à l’inverse des Britanniques, les Français n’ont pas le cœur à la fête.

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