Comment empêcher la fabrication « naturelle » de ghettos urbains ? Un récent procès a remis la question sur le tapis incandescent du face-à-face symbolique et pratique, communautarisme/intégration nationale. Un candidat au logement avait relevé qu’un logement lui fut refusé car « il était d’origine africaine et qu’il y avait déjà assez de Noirs dans la tour » (propos au téléphone, enregistrés). Le bailleur social a été condamné pour « fichage ethnique ». Il est, en effet, contraire à la loi de constituer et conserver des listes de noms comportant des mentions identifiant les individus selon leurs origines, même codées ou en abrévation. Pourtant, « les bailleurs sociaux font du panachage ethnique sans le dire », constate un géographe. C’est donc que l’attribution des logements s’opère selon des critères souterrains et illégaux.

Mais est-ce que la société française a le choix entre mixité ethno-sociale (idéal panachage à organiser ) et ghettoïsation naturelle ?

Car si la proportion de candidats extra-européens (de nationalité française ou étrangère) est majoritaire sur la table des commissions d’attribution, comment éviter la constitution de ghettos de fait et, par suite, freiner un communautarisme identitaire donc plus ou moins agressif, cimenté par les origines, les habitudes alimentaires, voire la religion ? Cette tendance « naturelle » aux ghettos de fait est à la fois un réconfort et un boulet pour ceux qui y vivent. Réconfort, car la solidarité est facilitée, l’entraide va de soi. On survit mieux à plusieurs. Mais énorme boulet, car les quartiers « ethniques » transforment en victimes leurs habitants eux-mêmes : intégration à la culture française retardée de plusieurs générations, école ethnicisée de fait, pédagogie aléatoire, au moins, sans parler de la recherche d’emploi, même à qualification égale, lourdement freinée, empêchée, remplacée par le désespoir, le tranquillisant télévisé sur canapé, l’économie souterraine, la marge, la délinquance.

Sauf pour celles et ceux qui s’en échappent, une minorité qui montre que c’est possible, mais une minorité. Car en temps de sous-emploi, de pénurie de richesses, il n’y a pas de place pour tous autour de l’assiette. D’où les haines et le rejet de l’autre. Que faire ?

L’Europe doit évidemment réguler les flux migratoires ; elle seule peut le faire en envoyant des signaux forts vers le Sud et l’Est.

Plus de volontarisme encore afin de créer du travail – je dis bien du travail (pas des emplois bidon) –, c’est-à-dire de l’œuvre, du désir, de l’ouvrage et de la qualification, afin de faire baisser la pression dans la cocotte-minute.

Est-ce que quelqu’un pourrait parler de F.D. Roosevelt à nos élites politiques et patronales ?

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