Editoriaux - Entretiens - 28 mars 2015

Germanwings, la face cachée de la formation des pilotes

Le crash suspecté volontaire de l’airbus A320 de la Germanwings ce mardi révèle des éléments peu connus du grand public. La sélection des pilotes semble être au cœur de la polémique…

Peu de personnes connaissent les méthodes de recrutement des pilotes aujourd’hui. L’ENAC et sa gratuité font figure d’exception dans le monde. De ce fait, la plupart des compagnies font confiance à des écoles de pilotage privées (CAE, CTC, FTE). Il y a quatre étapes de sélection : présélection sur dossier, tests communs, entretiens avec des pilotes, puis entretien avec des psychologues. L’écrasante majorité des personnes qui passent ces sélections ne sont que de jeunes bacheliers, que les compagnies adorent pour leur malléabilité intellectuelle. En Europe, les compagnies recrutent principalement ces newbies, n’ayant jamais mis les pieds dans un cockpit, même d’un petit avion, et l’expérience en vol comme privée est même pénalisante dans le cadre des sélections, un maximum de 85 heures de vol est demandé, par exemple, dans le cadre des recrutement pour easyJet. Une fois cette sélection passée avec succès (ce n’est tout de même pas simple), il est gentiment demandé au futur pilote de verser 90.000 € pour financer lui-même sa formation ; hors frais de vie. Le futur jeune pilote commencera alors sa vie professionnelle avec plus de 100.000 euros de dettes dans le meilleur des cas et à peine 200 heures de vol.

Les USA, eux, ont fait le choix du pragmatisme de l’expérience : pour être un pilote de ligne, il faut avoir au minimum 1.500 heures de vol, et la majorité des grandes compagnies demandent même une expérience professionnelle autre. Cette confrontation idéologique ne date pas d’aujourd’hui, mais avec l’avènement de l’Europe et des puissants lobbies gérant les compagnies aériennes, la situation ne s’arrange pas, les conditions économiques du secteur non plus.

Pourquoi ne pas faire, comme aux USA, 1.500 heures de vol minimum ? C’est une idée, mais la structure de l’activité aéronautique professionnelle en Europe n’aide pas. Alors qu’aux USA, le travail aérien sur de petits avions permet aux aspirants pilotes d’acquérir de l’expérience, l’Europe n’a plus (ou presque) de petite aviation et l’offre de pilotes prêts à tout pour piloter est tellement abondante que, finalement, elle ne prend que des pilotes expérimentés, condamnant les newbies à du bénévolat en aéro-club au mieux, ou au Pay to fly au pire, le jeune pilote se voyant alors délesté de 50.000 € pour pouvoir piloter comme copilote A320/B737 pendant 6 mois et 500 heures de vol sans le moindre salaire. La FAA (Federal Aviation Administration), encore une fois, a, elle, interdit cette pratique après un accident survenu, le vol Colgan 3407.

Plusieurs zones d’ombre subsistent, mais on peut se demander si la tendance actuelle à augmenter la charge horaire des équipages, alliée à la charge financière non négligeable de la formation, n’ont pas tendance a créer des état psychologiques dangereux, au nom d’une rentabilité croissante.