George W. Trump : maître ou esclave ?

Plusieurs thèses circulent à Washington depuis la volte-face audacieuse du président Trump, qui contiennent toutes un grain de vérité.

D’abord celle des “trumpophobes” irréductibles, qui sont ulcérés de voir Trump échapper au nœud coulant de l’impeachment et ce, dans l’acclamation quasi générale. Leur thèse est celle du rideau de fumée : les Russes ont tout manigancé pour rendre sa virginité à leur « taupe présidentielle ». Trump avait d’ailleurs prévenu les Russes une heure avant le bombardement. Lesquels n’ont pas prévenu les Syriens, lâchant donc Assad pour des raisons stratégiques. Trump est désormais exonéré de toute collusion avec la Russie. Insupportable…

Les “trumpophiles” inconditionnels, quant à eux, croient que Trump tient toutes les cartes. D’un simple trait, il a su évoluer de la diabolisation à la déification : en 24 heures, Trump est passé dans les médias du statut d’escroc nazi à celui de patriote humanitaire. Prodige confirmé par Fareed Zakaria, star de CNN : “Trump est devenu président !” Fort de son aura martiale, Trump aura donc (enfin !) les mains libres pour régler le fiasco de la réforme du système de santé… et rassurer la Bourse, qui commençait à s’effriter (par peur de voir son plan de coupes fiscales et de grands travaux se noyer dans le lobbyisme parlementaire). Il va dompter le Congrès, le faire travailler dimanche et jours fériés, pour revenir à son plan antimondialiste, créant un nouveau « Mouvement ». Une nouvelle Amérique est née….

Ce n’est pas la thèse des déçus du trumpisme (dont le courant libertarien), pour lesquels Trump a tout simplement sauvé sa peau, renonçant à ses principes et ses promesses, se soumettant lamentablement à l’orchestration d’une cérémonie des larmes, versées sur les petits-enfants-massacrés-par-Assad. À entendre McCain, Graham et Rubio depuis 48 heures, Trump a un grand cœur, il a réagi comme un grand leader, dans la légalité nationale et internationale. Trump est le nouveau George W. Bush, un vrai hombre.

Tout comme Bush, qui s’était fait élire sur un programme isolationniste (centré – déjà – sur les grands travaux d’infrastructure), Trump aura ainsi fait un deal avec le « deep state », leur laissant la stratégie pour se limiter à de la figuration. Adieu aux grandes réformes, à la renégociation des traités économiques, aux programmes d’infrastructures…

Reste une « thèse de synthèse ». Oui, les Russes préfèrent le maintien d’un « mauvais » Trump plutôt que l’irruption d’un « bon » néocon. Oui, Trump vient de reconstruire un capital politique « conventionnel ». Oui, il lâche ses premiers compagnons de route. Mais, avant la frappe syrienne, Trump n’était en somme qu’un chef de l’opposition au bord de l’épuisement, ne pouvant pas compter sur un corps législatif divisé, travaillant à temps partiel. Il lui fallait donc devenir « président », c’est-à-dire directeur commercial du “deep state”. Il lui fallait roquer pour protéger le roi. Afin de relancer une attaque « de l’intérieur » ? Trump va, dit-on, réorganiser son cabinet. Nous saurons vite…

Quant à la troïka McCain-Rubio-Graham, elle attend beaucoup de Trump, qui va découvrir que pour souper avec le diable, il faut une longue cuillère. Au programme : la participation des Russes au crime de guerre de Khan Cheikhoun… Va-t-il plier ?

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