Armées - Editoriaux - Politique - Théâtre - 2 juillet 2016

Général Puga : un grand serviteur de l’État

Le général Benoît Puga (63 ans) va quitter, le 6 juillet prochain, son poste de chef d’état-major particulier (CEMP) du président de la République. Ce n’est pas une surprise, car ce mouvement était prévu depuis le 9 juin dernier, date à laquelle le général Jean-Louis Georgelin (67 ans) avait annoncé son départ de l’hôtel de Salm, la grande chancellerie de la Légion d’honneur où il exerçait depuis juin 2010. Il fallait trouver un remplaçant à l’ancien chef d’état-major des armées (2006-2010). Qui, mieux qu’un « biffin », pouvait remplacer un autre « biffin » à la tête de cette grande institution qui a vu le jour en août 1803 ? Le général d’armée Puga deviendra ainsi le 35e grand chancelier.

Benoît Puga est issu d’une famille de militaires bien ancrée à droite. Son père, officier de cavalerie, a fait participer le 27e régiment de dragons au putsch d’Alger. Benoît Puga, sorti de Saint-Cyr en 1975 (promotion Maréchal de Turenne), a sauté à Kolwezi avec le 2e régiment étranger de parachutistes (2e REP), est intervenu au Liban, au Tchad et sur de nombreux autres théâtres d’opération. Il revient commander le 2e REP (1996) avant d’être nommé général commandant des opérations spéciales (2004) et directeur du renseignement militaire (2008). Fin connaisseur des arcanes militaires, il n’en reste pas moins un vrai politique, sachant mettre en avant ses compétences, au détriment de ses opinions pourtant bien ancrées et bien trempées.

Cet homme qui, selon son expression, « n’aime pas la guimauve » est aussi à l’aise sous une tente 56 ou individuelle avec moustiquaire en plein milieu du désert ou de la forêt équatoriale que dans un salon feutré et ouaté des palais de la République. Ce général d’armée, père de onze enfants, a su gagner et surtout garder la confiance de deux chefs d’État que tout oppose. Il a su les assister et les conseiller dans leur rôle de « chef des armées », ainsi que le stipule l’article 15 de la Constitution. Il a su les guider lors des opérations Harmattan, Pamir, Serval, Barkhane, Chammal, Sangaris… Il a aussi su mettre en avant ses compétences et remiser ses convictions (religieuses et politiques) au placard pour ne se consacrer pleinement qu’à ses fonctions. Ce qui en fait, avant tout, un grand serviteur de l’État.

Sa succession est maintenant ouverte. Plusieurs noms circulent, en particulier celui de l’amiral Bernard Rogel, chef d’état-major de la Marine, et celui du général Éric Bucquet, actuel directeur des opérations à la Direction générale des services extérieurs (DGSE). Tous deux ont le soutien du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, et du chef d’état-major des armées (CEMA), le général Pierre de Villiers. Trois autres noms ont été soufflés au président de la République, qui a commencé ses consultations : celui du vice-amiral d’escadre Denis Béraud, commandant de la force d’action navale ; celui d’Olivier Taprest, général de division aérienne et actuel chef du cabinet militaire du Premier ministre, Manuel Valls. Enfin, celui d’André Lanata, actuel chef d’état-major de l’armée de l’air.

Quelle que soit son armée ou son arme d’origine, le futur CEMP devra concentrer de nombreuses qualités : efficacité, discrétion, compétences, abnégation et bien d’autres. Mais à ce « mercato des généraux », rien n’est jamais joué et gagné d’avance.

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