Dans quelques billets publiés sur l’Opinion, Jean-Dominique Merchet s’en prend brutalement au général Piquemal, un ancien respecté et jusqu’ici peu connu en dehors des rangs de l’armée. Dans le suivant, il dénonce la pénétration des idées « d’extrême droite » dans l’armée. La déception est grande ; “Jean-Do”, journaliste apprécié, ancien élève de lycée militaire, reprend à la lettre des éléments de langage pondus à la hâte dans les cabinets ministériels. La camaraderie de lycée s’efface au profit des injonctions fraternelles.

Ce qui ennuie beaucoup en haut lieu, et mobilise tous les réseaux d’influence, c’est que Piquemal est un symbole, celui de la Légion, un corps qui offre aux étrangers méritants la nationalité après des années de sacrifices. Tandis que d’autres se la voient distribuer sans compter, accompagnée de tout le confort d’un État-providence à la générosité de pacotille, bâtie sur 40 ans de déficits publics. Le trou financier de l’État français est aujourd’hui voisin des réserves monétaires de la Chine. C’est dire… Dans la même période, les armées ont été constamment défavorisées.

Depuis des mois, certains élus réclament le déploiement de l’armée chez eux. Un général de 2e section, Piquemal, ayant occupé des postes parmi les plus prestigieux, se rend sur le terrain pour constater l’ampleur des dégâts et en rendre compte à l’opinion. Il est dans son droit et dans sa fonction de général de 2e section (j’invite à se renseigner sur le nombre de généraux, leur rôle en 2e section et la proportion qu’ils représentent dans les armées par rapport aux autres hauts fonctionnaires dans leurs corps). « La rue appartient à celui qui y descend », chante la Légion étrangère. Les arbitres des élégances et les diplômés de grandes écoles pouvaient aussi se rendre à Calais autour du général.

La partie qui se joue est tout autre. Quelques jours avant cette glorieuse arrestation, Denis Tillinac signait une tribune incantatoire dans Valeurs actuelles. Ce chiraquien de la première heure imagine l’homme providentiel, “officier de Légion et catholique”. Il n’a échappé à personne, en haut lieu, que nombre de militaires se sont discrètement manifestés à titre personnel contre la loi Taubira, pour autant que leur emploi du temps le permette. La France est un vieux pays. Ses traditions militaires sont ancestrales. L’armée fait l’unanimité. Ces lignes de fond qui se dessinent n’ont pas échappé au pouvoir.

C’est ici que l’interpellation de Piquemal prend un tout autre sens. Tout se passe comme si le pouvoir voyait arriver un danger pour lui à l’horizon : qu’il soit contraint, sous la pression des événements, à recourir à “l’état de siège” qui, en cas d’augmentation de la menace, succède à l’état d’urgence. L’état de siège est le seul dispositif constitutionnel existant aujourd’hui. Il implique le transfert du pouvoir de de l’autorité civile vers l’autorité militaire. Pour remplir la mission, l’armée recruterait à tour de bras des jeunes et des ouvriers. C’est-à-dire majoritairement des électeurs du FN…

8 février 2016

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