Editoriaux - Médias - People - Société - 24 octobre 2014

Gene Sharp et les manips des révolutions orange

Les nouvelles vont vite, dit déjà Virgile au chant IV de l’Énéide (au vers 175, il parle de la rumeur, de la Fama, qui vole plus vite que son ombre, et qui répand l’actualité people d’alors – les amours d’Énée et de Didon, reine de Carthage ou plutôt… de Libye).

Nous sommes donc passés, en trois mois, de la guerre continentale contre les Russes à la lutte planétaire contre le virus Ebola en passant par le printemps chinois à Hong Kong – sans oublier les bombardements en Irak et la énième invasion démocratique de la pauvre Syrie. Le tourbillon médiatique et apocalyptique ne s’arrête plus. Nous devons régir et oublier.

Nous voudrions souffler un temps dans le cyclone et indiquer une utile lecture à notre lecteur : le manuel de , De la dictature à la démocratie.

Sharp est un théoricien et praticien qui a mis au point les manuels de révolution orange des États qui déplaisent aux USA et à leurs colonies (nous, en l’occurrence !). Mais en lisant cet opus brouillon et jargoneux, on relève les impropriétés suivantes :

– Sharp décrit les dictatures comme des sociétés anesthésiées, écrasées, formidablement inégalitaires, celles où l’on cogne sur le pauvre, à la fois fiscalement et démographiquement. Si c’est pour lui la définition d’une dictature, c’est pour nous – clairement – la définition de notre démocratie new-yorkaise ou bruxelloise.

– Sur les méthodes indiquées par Sharp, pas besoin d’insister. Quiconque a vu les scènes à Hong Kong, au Caire, à Benghazi ou à Tunis a compris comment on s’y prend pour terrasser l’ennemi, mobiliser des masses éthiques mais interconnectées et, surtout, “manager” les médias. Un journaliste allemand vient d’ailleurs de le rappeler sur rt.com : depuis l’opération Mockingbird, tous les journalistes importants en Europe travaillent pour la CIA. Il s’agit d’Udo Ulfkotte, ancien rédacteur en chef du Frankfurter Allgemeine Zeitung. Et l’on comprend pourquoi Laurent Joffrin ose comparer les manifestants de la famille aux islamistes démocrates de l’Irak pourtant formés, armés, financés et célébrés par les Américains et les Français (un clown du Figaro les comparait aux Chouans en 2012 !).

– Plus intéressant encore, Sharp déconseille le dialogue avec le tyran. Ce serait un piège ! Le tyran, qu’il s’agisse de Poutine, de Kadhafi, d’Assad, des Chinois, doit être exterminé et il faut renforcer moralement les manifestants de quinze ans financés par Soros. On sait sur quoi cela débouche maintenant.

Sharp donne, sans le vouloir, la définition de la démocratie impériale et bourgeoise qui était celle de la propagande soviétique : un système de soumission oligarchique et désespérant (voyez la France, l’Italie, l’Espagne, voyez l’Amérique) ; puis il indique que les méthodes de la postmoderne croisade démocratique doivent être le bruit et la fureur. Voyez l’Ukraine ou la Libye.

Car la gesticulation mortifère de ce nouvel ordre mondial ne fait plus dans la nuance.

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