Après le remarquable débat ayant opposé Manuel Valls à Benoît Hamon, on a beaucoup évoqué – moi le premier – le heurt d’une gauche de responsabilité à une gauche du rêve, le pragmatisme volontariste de l’un aux illusions dispendieuses de l’autre (France 2).

Je me demande si, au fond, cette manière de raisonner ne relève pas d’une extrême facilité en permettant une qualification commode de ce qu’on récuse – c’est du rêve – ou de ce qu’on approuve – c’est de la responsabilité, c’est du gouvernement.

Ce qui aujourd’hui rend ce partage stérile tient au fait que se vanter de gouverner dans l’empirisme et d’être lucide et responsable n’est plus une argumentation décisive. Elle ne le serait que si la réussite était au bout. Si la raison avait engendré de bons résultats. Si le réalisme pouvait donner des leçons.

Manuel Valls a eu beau s’époumoner, comme le bilan de l’homme de pouvoir n’était pas éclatant, la dénonciation de l’irréalisme chez Benoît Hamon n’avait plus la moindre portée accablante. Paradoxalement, il laisse espérer quand le présent de gouvernement pèse. Il y a une poésie de l’imagination politique, même la plus débridée qui soit, et une prose triste de la quotidienneté.

Comme si le dénominateur commun à la gauche de responsabilité et à celle de l’utopie et des fantasmes était forcément une sorte d’impuissance. De s’unir, tôt ou tard, dans une même déréliction. Pourquoi, alors, reprocher à l’illusion une faillite à venir alors qu’elle est déjà présente à cause d’une gestion médiocre ?

Puisque l’une n’a pas été efficace et n’a pas remis le pays en marche, les virtualités annoncées par Benoît Hamon ne font pas davantage peur, et même si on les présume catastrophiques, elles ne seront pas pires que les échecs de l’incurie socialiste. Le présent calamiteux ne reçoit plus la moindre prime par rapport au futur incertain et probablement menaçant. L’éventuel rassure dans le flou quand le concret a brisé les rêves.

Dans tous les cas, le sentiment général qui détruit la conscience publique et suscite une détestation absurde de l’ensemble de la classe politique est celui d’une impuissance. Tout se vaut puisque rien n’aboutit, que les promesses ne sont pas tenues et que les réalistes ne sont pas, en définitive, meilleurs que les marchands de sable. Le fiasco les rassemblera dans l’Histoire.

Il faut cesser, dans la polémique, d’abuser de cette critique qui vise moins à dénigrer les mesures techniquement qu’à souligner qu’il y a le camp de la sagesse et celui de l’absurdité. Comme l’un a déçu et déçoit et que l’autre décevra, aucune discrimination positive n’est plus à faire.

J’ose sauver, cependant, dans un domaine qui m’a été cher, des distinctions incontestables. Quand ostensiblement, durant quatre ans, Christiane Taubira s’abandonne à l’idéologie, à un rêve pour elle, un cauchemar pour les citoyens, il est évident que son successeur échappe au reproche de l’impuissance puisque, aussi limité que puisse être son champ d’action avant le mois de mai, il accomplit ce qui est à portée de main et d’esprit.

Manuel Valls va sans doute être battu le 29 janvier parce que sa campagne, croyant décrédibiliser Benoît Hamon pour demain, l’avait renvoyé, lui, dans hier.

NDLR : à l’heure où cet article est publié sur Boulevard Voltaire, les résultats définitifs de la primaire sont évidemment encore méconnus.

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