Editoriaux - Table - 1 février 2017

« Le futur désirable » de Benoît Hamon…

Depuis qu’un conseiller en communication le lui a probablement suggéré, Benoît Hamon, dès qu’il prend la parole en public, place inévitablement les mots « futur désirable » à chaque coin de phrase. Ce slogan, véritable gimmick électoral fonctionnant comme un point de ralliement, le récent vainqueur de la primaire de la gauche, comme un enfant fier de montrer son nouveau jouet, n’en finit plus de le ressasser. Mais pourquoi donc ?

Depuis que le pouvoir s’obtient par les urnes, le métier du politicien est semblable à celui du publicitaire, à ceci près qu’il est lui-même le produit qu’il veut vendre. Le candidat, pour attirer à lui un nombre suffisant de votes, s’adresse moins aux facultés de l’intelligence qu’aux réflexes primitifs. Il utilise des mots qui séduisent, des formules qui rassurent et des allusions qui captivent parce qu’il doit toucher le plus grand nombre dans un délai limité.

Et puisqu’on convainc moins facilement une intelligence — qui est aguerrie à la réflexion et à la comparaison rationnelle — qu’un instinct naturel, le politicien en campagne, s’il veut créer la foule dont il a besoin, doit viser ce qui, dans un homme, le rend le plus immédiatement comparable à tous les autres ; à ce qu’ils ont le plus de chance d’avoir en partage, à savoir cet ensemble basique des quelques pulsions primitives commandées par la partie la plus « animale » de notre cerveau.

Les philosophes – des Lumières, notamment – et les théoriciens révolutionnaires de l’émancipation des hommes, pères idéologiques de la gauche d’aujourd’hui, militants de la substitution par la Raison raisonnante et rationnelle des vieux instincts bassement humains qui, selon eux, fabriquent des serfs et des dévots, ont prétendu avoir fait passer l’humanité à un stade supérieur en abattant ce qui, depuis les temps anciens, la maintenait dans l’ignorance des choses et dans la subordination aux séducteurs.

De nos jours, la gauche se positionne en héritière de ce projet émancipateur et considère que tout ce qui, parmi les attentes du peuple, semble commandé par l’instinct plutôt que par la Raison (par exemple, faire le choix de sa sécurité immédiate plutôt que d’attendre un avenir incertain où tous les hommes marchant enfin d’un même pas n’auraient donc plus besoin d’être protégés de personne) constitue une régression de la Raison et une progression du populisme. Est populiste, dans l’esprit de cette gauche, tout ce qui s’adresse à notre cerveau reptilien, à nos passions enfouies, nos réflexes souterrains ; en somme, tout ce qui vise à séduire plutôt qu’à convaincre.

Conséquemment, quiconque se laisse ainsi séduire par ceux-là plutôt que convaincre par ceux-ci est probablement un réactionnaire. Qui sait, par exemple, que les législateurs issus de la Révolution voyaient dans la femme un être trop sentimental et maternel, imperméable à la Raison et influencée par le curé, et qu’on l’a privée pour cela du droit de vote ?

Benoît Hamon nous promet donc « un futur désirable ». L’utilisation de ce mot à haute valeur symbolique, qui renvoie à l’imaginaire charnel, érotique et sensuel, sonne comme le slogan démagogique de la dernière chance. Dans le même registre, à quand « la République parfumée » ou « la France voluptueuse » ?

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