Editoriaux - Histoire - Société - 18 novembre 2016

Funérailles républicaines : l’idéologie sans fin

La République ne connaît pas de définition. Frédéric Rouvillois nous l’a montré avec pertinence dans un récent ouvrage. Valeurs, visions et volontés des dévots de la Républiques n’eurent de cesse d’évoluer dans le temps. Parfois, elle sut unir les Français. Lors de la Première Guerre mondiale, elle alla même jusqu’à pactiser avec l’Action française pour sauvegarder l’unité nationale. Parfois, aussi, elle discrimina les catholiques, persécuta les minorités ou chercha à se vendre à l’étranger.

Ce qui constitue, en revanche, une permanence dans l’idéologie républicaine, c’est sa pleine conscience de son infériorité. En France, la matrice révolutionnaire procède d’une complexité qu’on ne saurait nier.

Mais la complexité ne peut pas dissimuler les massacres et la matrice des totalitarismes. Populicide, génocide, mémoricide, terreur de masse ou dangereux excès, les historiens diffèrent dans leurs descriptions mais ne peuvent passer outre les noyades de Nantes, les sanglantes journées d’octobre, la persécution des prêtres, les colonnes infernales et le massacre de religieuses partout en France. Si on connaît bien la nécessité de vibrer à l’ensemble des événements marquants de notre longue histoire, le peuple français ne peut oublier que certains y agirent aussi pour l’affaiblissement, la division et l’horreur.

Ce rapport à l’Histoire préside à bien des conséquences contemporaines. Si la République est considérée comme immaculée, si les sachants sacralisent tous ces épigones, si le roman national ne doit intégrer que la vulgate de Lavisse, alors nous n’intégrons plus une nation mais une idée. Et les idées ont la fâcheuse tendance à s’écarter parfois des réalités. Ainsi, la prétention socialiste au respect absolu des tombes et des sépultures est un mensonge patenté. La nécropole des rois de France comme le respect pour les vieux soldats le rappellent suffisamment.

Dans sa folle logique intrusive, la gauche veut que l’État s’arroge toujours plus de droits. Et notamment celui de scander les étapes importantes de la vie humaine. Déjà passé maître dans la définition de la dignité pour les débuts comme la fin de la vie, l’État poursuit son grand accaparement des rituels. Marianne pourra donc décider de la validité et de la nature d’un mariage, d’une filiation et, demain, des cérémonies mortuaires. C’est indiqué en toutes lettres dans le projet de loi socialiste. Ces gens veulent du rite.

Il y aurait beaucoup à dire sur les désordres mimétiques du monstre froid. Indiquons, seulement, que la spiritualité de la sécularisation procède d’une volonté deux fois centenaire, au moins, d’enfermer l’homme dans une sociabilité de fabrique et un horizon bureaucratique. Et que l’homme et les sociétés ne semblent pas, fanatiquement, plus heureux depuis que les adorateurs du contrat social se sont emparés de pans entiers de notre vie.

L’homme nouveau est tellement déraciné que la République veut l’accompagner jusque dans sa bière. Prions pour qu’elle nous laisse encore quelques carrés où nous abriter d’elle.

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