Editoriaux - Politique - 24 janvier 2016

Front national : un nom, un destin

La guerre sémantique fait rage. Alors que chaque parti ajuste sa stratégie pour l’échéance présidentielle, le Front national annonce réfléchir à un changement de nom lors d’un séminaire de cadres du 5 au 7 février. Ses dirigeants distillent les mêmes mots d’ordre à chaque intervention : il s’agit de rassembler les “patriotes” contre le “mondialisme”.

Le “Front national pour l’unité française”, comme il se dénommait lors de sa fondation, a-t-il besoin de changer de nom ? Pour parachever sa stratégie de conquête, il apparaît logique pour le Front national de prendre acte de son nouveau statut électoral et politique.

À l’époque où Jean-Marie Le Pen a créé le Front national, jusqu’aux derniers résultats électoraux, il s’agissait de fédérer les courants politiques de la droite « nationale » pour faire « front » aux partis « du système ». Propulsée par le rejet de la classe politique, cette stratégie s’est révélée gagnante et le Front national n’est plus très loin aujourd’hui de la capacité à remporter, seul, la majorité absolue des suffrages à une élection. Le FN est devenu le champion régulier des premiers tours. Il ne s’agit donc plus tant désormais de faire « front », c’est-à-dire au fond d’accentuer des divisions dans l’électorat, que de rassurer et d’obtenir l’unité sur son nom.

La mutation sémantique paraît donc justifiée par une évolution de la réalité politique.

Mais pour quel nom changer ? “Les Patriotes” ?

Adopter un titre au pluriel, c’est déjà prendre le risque de diviser.

On désigne comme “Patriotes” une fraction des électeurs, en sous-entendant que les autres ne le sont pas. On continue donc à camper sur le registre de l’opposition entre des factions plutôt que de rechercher celui de l’unité.

Par ailleurs, le Front national s’exposerait ainsi à la critique de suivre l’UMP dans sa stratégie d’instrumentalisation d’un principe qui devrait transcender les clivages. Le Patriotisme après la République : ce sont des valeurs nationales, pas des slogans partisans.

Enfin, et c’est peut-être le plus pernicieux, en appelant le FN “Les Patriotes”, on en fait un segment comme un autre du jeu politique national, à côté des “Républicains” et, pourquoi pas, des “Démocrates”. Il occuperait une « part de marché » sur le jeu politique, appelée à alterner avec les autres.

Dans une stratégie de rassemblement des Français autant que de fidélité à son idéal patriotique, le Front national serait sans doute bien inspiré de se souvenir de la deuxième partie de son nom d’origine, l’“unité française”.

S’il est un enjeu qui défie tous les partis politiques aujourd’hui, et particulièrement celui qui se présente comme un ultime recours, c’est bien celui de l’unité des Français, divisés par des décennies de matraquages idéologiques contraires. Le parti qui adoptera cette ambition jusque dans son nom fera preuve d’une hauteur de vue qui pourrait s’avérer précieuse une fois parvenu au difficile exercice des responsabilités.

À lire aussi

Le Rassemblement national est désormais un parti du Système

Ce nouveau statut est un défi pour le RN. …