a fait durer le suspense : dans une conférence de presse vendredi, elle a finalement annoncé qu’elle ne « pensait pas » venir défiler le 26 mai « en l’état actuel des choses ».

Alors oui, ces atermoiements sur la place publique, ces tergiversations médiatisées en indisposent plus d’un. D’abord, ce n’est pas le lieu ni l’endroit pour faire sa diva qui se fait prier, sa Mélanie Laurent ou sa Bérénice Béjo dont on ne sait pas jusqu’au dernier moment si elle montera les marches du festival de Cannes. La Manif pour tous, ce n’est pas la croisette, on n’y vient pas pour se faire décerner une palme et dérouler le tapis rouge.

Ensuite parce que c’est dommage, lorsque l’on a eu le premier rôle dans la Manif pour tous, d’accepter de faire la doublure de l’idiot utile dans le énième épisode de la mauvaise production qu’est en train de nous tourner Manuel Valls : « Les nervis d’extrême droite, le retour ». (Il est encore jeune, Manuel, mais quelquefois, je me demande s’il n’est pas un peu Alzheimer. Bizarre, non, de ne pas parvenir à trouver autre chose que ces vieilles lunes ?)

C’est un peu comme Les feux de l’amour, cela fait des lustres que ça dure, mais l’intrigue ne change pas d’un iota : quelque part en France se cache une sorte d’abominable homme des neiges, un yéti, un monstre du Loch Ness que personne n’a jamais vu à l’œuvre mais dont la seule évocation fait frémir : la nébuleuse d’extrême droite. Au moment de l’affaire Merah, on a failli y croire deux minutes. Parfois, je vous l’accorde, on se demande si ce n’est pas plutôt leur cerveau qui est un peu nébuleux.

Le 26 mai, donc, le crie sur tous les toits, le yéti sera là. Les forces de l’ordre sont donc mobilisées en masse (ce qui explique sans doute pourquoi elles n’étaient pas au Trocadéro la semaine dernière. Ce sont des hommes comme les autres, il faut bien qu’ils prennent des vacances de temps en temps). Mais comme certains Français, du genre saint Thomas, qui n’ont vu depuis novembre aucune vitrine brisée, aucun magasin pillé, aucun CRS tabassé, se prennent à douter, il faut trouver un garant : lever de rideau, c’est là que entre en scène, elle a vu des empreintes de grosses pattes velues dans la neige, elle aussi est donc inquiète. (J’étais bien, là ? Suffisamment convaincante, ou j’en rajoute encore une louche ? Maintenant que j’ai payé mon tribut, les associations vont me lâcher ?) Ce qui permet à Valls, le justicier dans la ville, de lui donner la réplique : une interdiction du Printemps français est étudiée. Ah bon ? Qu’est-ce qu’il a fait, le Printemps français ? Ben, il agace Valls, c’est une raison suffisante, non ? Et aussi Frigide Barjot, paraît-il. Ça leur fait au moins un point commun. Que Béatrice Bourges fasse connaître sa pointure, qu’on lui livre en Chronopost avant dimanche une paire de rangers. Car côté costumes, ce n’est pas du tout au point, tout ça.

Les figurants aussi sont fagotés n’importe comment. C’est important, les figurants, parce qu’on les voit à la télé. Ils n’ont pas besoin d’être très nombreux d’ailleurs. Deux ou trois un peu manipulables que l’on est en train de chauffer, et puis bien sûr des pros, des gars de la boutique. Sauf que ceux-là n’ont pas encore tout compris au film. Les dernières fois, au milieu de cette foule poupine et joyeuse en pantalon pastel, on voyait les flics en civil — tout de noir vêtus et qui faisaient la gueule — comme le nez au milieu de la figure. Si l’on veut qu’ils se fondent dans la masse, qu’on leur apprenne donc à sourire et qu’on leur offre un polo rose. C’est fou ça, il faut tout lui dire, à Valls.

Si d’aventure, pourtant, Frigide se décidait à venir le 26, il faudrait lui faire bon accueil. Ses incohérences frileuses d’aujourd’hui ne doivent pas faire oublier son courage d’hier.

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25 mai 2013

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