Il dessinait comme personne. Ses arbres des Laurentides ou ses baleines du Saint-Laurent ont enchanté tous les passionnés du cinéma d’animation authentique, enraciné. Ses personnages un peu naïfs, ses flocons de neige de l’hiver canadien ont émerveillé tous les amateurs de dessins animés artistiques, à cent lieues des superproductions industrialisées de Pixar ou Walt Disney. Leur génial créateur, l’enchanteur des salles obscures – Fréderic Back – nous a quittés la nuit de Noël pour le grand paradis blanc…

Né à Sarrebruck, cet Alsacien d’adoption, formé aux Beaux-Arts de Rennes, avait émigré après-guerre au Canada, où il deviendra l’un des maîtres incontestés du dessin animé. Crac, la chaise berçante et L’Homme qui plantait des arbres obtiendront chacun un Oscar à Hollywood, où Fréderic Back fut également quatre fois sélectionné. Malgré cette gloire, sa disparition, en cette fin d’année, est passée presque inaperçue en France, alors qu’elle a fait la une des journaux de Montréal où il était l’une des personnalités les plus adulées des Québécois. Le journal Le Devoir a salué l’élégance de films d’animations révélant « l’infinie délicatesse de leur auteur qui combattait la destruction planétaire avec les armes de la courtoisie, de l’éloquence et de l’art salvateur ».

Amoureux du Québec et de ses grands espaces, la nostalgie de l’Alsace et de ses premiers dessins sur le trottoir de la rue Goethe à Strasbourg ne le quittera jamais : en recevant son premier Oscar à Hollywood, rendra hommage, en alsacien, à sa terre d’origine décidément féconde en lauréats du septième art. Avant lui, un autre Alsacien émigré aux États-Unis, le Mulhousien William Wyler, avait reçu le prestigieux trophée pour Ben Hur. Mais aux décors clinquants des péplums de son compatriote, Frédéric Back préférait le calme de son studio de Radio-Canada, au milieu des milliers de planches qu’il dessinait minutieusement pour chacun de ses films. Il y perdit un œil, éborgné par les vapeurs toxiques des acides qu’il manipulait sur les acétates dépolis de ses dessins.

Ardent militant écologiste, fondateur de la Société québécoise pour la défense des animaux et pourfendeur de la vivisection, le cartooniste aux deux Oscars avait un respect profond de la nature qu’il célébrait dans chacune de ses œuvres. À chaque projection – comme au célèbre Festival d’Annecy –, ses films ont conquis le jury et enchanté le grand public. Son chef-d’œuvre, L’Homme qui plantait des arbres, suscita dans le monde entier des plantations spontanées d’arbres par les enfants des écoles. Lui-même avait donné l’exemple, avec sa femme et ses enfants, en plantant des centaines d’arbres sur son domaine des Laurentides où nous étions venus le filmer. Sur un texte de Giono servi par la voix unique de Philippe Noiret, ce film raconte un peu sa propre histoire : celle d’une main cherchant, d’un dessin, à sauver un monde au bord du gouffre.

http://www.youtube.com/watch?v=7Rn6trL3-54

Partager

À lire aussi

Avec les écolos, les rats sont choyés !

Ces « charmantes » bestioles se sont invitées, lundi dernier, à la séance du conseil munic…