L’Europe existe-t-elle ? En apparence, oui, puisque 400 millions d’électeurs seront prochainement appelés à élire 751 eurodéputés qui, entre Bruxelles et Strasbourg, s’agiteront suffisamment pour émettre des signes de vie. Cette coûteuse mise en scène permet, entre commissions et rapports, votes et petits fours, de faire croire que le continent est une réalité politique aux plus naïfs, et de faire naître un doute chez les plus lucides sur la valeur des régimes parlementaires.

L’Europe a été lancée par des démocrates-chrétiens qui voulaient en finir avec les dictatures totalitaires et le nationalisme qu’ils avaient subis dans leurs pays respectifs. Ils souhaitaient construire, face aux Soviétiques, une démocratie quasi parfaite, où la morale et le droit s’imposeraient à la politique, où les libertés et les pouvoirs seraient répartis d’étage en étage, selon le principe thomiste de la subsidiarité. Bref, ils voulaient une Europe chrétienne.

Mais à côté des Schuman, des Adenauer, des Gasperi, il y avait Jean Monnet, tour à tour haut fonctionnaire, homme d’affaires et conseiller zélé des alliés anglo-saxons. Avec lui apparaissait l’autre Europe – celle de l’oligarchie, de la technocratie, du libre-échange poussé jusqu’au mondialisme –, pour laquelle les peuples et les nations, leurs traditions et leur histoire sont des obstacles. C’est cette Europe-là qui s’est imposée auprès des dirigeants, qui appartiennent pour la plupart à ce monde où le mot « populiste » est la pire des insultes.

On comprend aisément qu’un Franz-Olivier Giesbert n’ait que mépris pour ces « imbéciles » de souverainistes. Être souverainiste est pour lui aussi stupide que de croire que l’univers a été créé en six jours, que le 11 septembre est un bobard ou que les extra-terrestres nous ont déjà envahis. L’Europe n’est pas le problème mais la solution, affirme-t-il en appelant comme témoins les Espagnols, dont le taux de diminue… Il souligne aussi la lucidité des Français favorables à l’Union européenne à 58 %.

Pauvre FOG, toujours accroché à son radeau idéologique, celui de nos bobos, prétendument intellos, dont le confort intellectuel a vitalement besoin de ces horizons multiples, de cette diversité sans racines qui, paradoxalement, permet de se retrouver entre soi pour dire les mêmes banalités si généreuses dans la même langue et avec les mêmes mots. Il a tellement besoin de s’agripper à ses préjugés de caste que le journaliste qu’il a été ne voit plus rien, ne comprend plus la réalité qui l’entoure.

Que disait la stratégie de Lisbonne ? Que l’Europe allait être, en 2010, “l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ». Et FOG, enthousiaste, voudrait que les Espagnols poussent des « Olé » parce que le chômage du premier trimestre 2014 est à 25,9 % (55,5 % pour les jeunes !) quand il était à 26,7 % en 2013. Il se félicite d’un sondage des Français en oubliant que leurs votes sont et seront hostiles à l’Europe… telle qu’elle se fait, une Europe qui n’est pas la leur !

L’Europe s’aligne passivement sur la politique américaine vis-à-vis de Poutine, alors qu’elle est chez elle avec la Russie. L’Europe s’avère incapable de protéger ses frontières. L’euro pèse comme un boulet sur les pays du Sud qui n’ont pas l’économie de cette monnaie. Autrement dit, l’Europe n’existe que peu dans le monde, mais elle n’existe que trop pour les partenaires perdants de l’Union.

Le souverainisme résulte d’un jugement lucide sur la dérive et l’échec de la construction européenne, et d’un souhait de la construire autrement, autour des peuples, de leurs racines et de leur volonté, bref autour de nations sans lesquelles il n’y a pas de démocratie. Mieux vaut être lucide et un peu malheureux que d’être un imbécile heureux, Monsieur Giesbert…

4 mai 2014

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