La vie intime de Nicolas Sarkozy, ses félicités et ses bouleversements étaient transparents et publics.

François Hollande gère ses émois et leur concrétisation d'une autre manière : avec une clandestinité récemment débusquée, même si l'univers politique et médiatique savait déjà tout et une sorte de normalité désinvolte comme si de rien n'était.

Une fois qu'on a évoqué, pour un président de la République, le respect de sa vie privée, on n'a évidemment rien dit.

D'abord, qu'on le déplore ou non, les révélations de ce type représentent des avancées de la démocratie, qui passent parfois par des magazines people. Je trouve injustes les attaques contre Closer au nom d'une pureté et d'une discrétion déontologiques que plus aucune publication n'a en France (Le Parisien).

Tout simplement parce que - banalité - l'existence publique et contrôlée du chef de l'État, les devoirs de sa charge rendent quasiment inconcevable une frontière stricte entre, ici, l'officiel de ses missions et, là, le secret de ses amours, qui au demeurant créerait un partage choquant entre ceux qui savent et les ignorants qui se fient aux apparences.

Les péripéties sentimentales d'un président, quels que soient ses choix et son statut - marié ou non -, ne doivent plus d'ailleurs être aujourd'hui négligées, dès lors qu'elles s'incarnent durablement, puisque l'épouse ou la nouvelle épouse, la compagne ou la nouvelle compagne auront leur place à l'Élysée et bénéficieront d'un appareil d'État, aussi modeste soit-il (Mediapart).

D'autant plus - et je considère que c'est un progrès - qu'en tout cas depuis le quinquennat précédent, l'ensemble d'une personnalité, dans les richesses ou les limites de sa personne, dans les forces ou les faiblesses de l'exercice du pouvoir qu'on lui a confié, est appréhendé par le citoyen.

Il est révolu, ce temps où à la fois la rectitude des existences et le sentiment communément ressenti d'un partage tellement net, sans trouble ni équivoque, entre la transparence des activités du Président et la discrétion de la sphère familiale permettaient une sorte de confort et de tranquillité citoyens et une relative abstention médiatique. Il y a eu Charles de Gaulle et, à un degré moindre, Georges Pompidou, et pour leurs successeurs c'en a été fini, à cause d'eux, de cette sérénité si reposante pour la République.

Nicolas Sarkozy, dont le fond de la politique est aujourd'hui rééxaminé, pour le pire et pour le meilleur, par rapport aux vingt mois difficiles de François Hollande, a induit un processus pervers qui, à cause de la détestation majoritaire de son être, a conduit par ricochet à prendre la mesure de son successeur également sur le plan intime, humain. La normalité invoquée au début de son quinquennat par François Hollande résultait de la prise de conscience de cette révolution dont Nicolas Sarkozy a pâti mais dont lui espérait profiter.

Les successeurs de François Hollande connaîtront cette même épreuve qui les obligera, sous le soleil et la vigilance démocratiques, à prendre garde à tout, et d'abord à eux-mêmes.

Notre Président, me semble-t-il, s'est compliqué la tâche puisque son vagabondage sentimental, sans aucune nuance réprobatrice de ma part, suscite plus naturellement la curiosité, voire l'inquisition que la structure plus stable, moins imprévisible d'unions bien ordonnées.

Initialement, je voulais faire de ce billet une pochade où je me serais amusé, sans dérision, à concevoir un président écartelé dans sa quotidienneté entre, par exemple, l'insondable problème de la Centrafrique et la préparation de sa conférence de presse d'un côté et, de l'autre, ses rendez vous avec Julie Gayet et ses soucis avec Valérie Trierweiler. Cela aurait donné quelque chose du genre suivant : "J'ai rendez-vous à telle heure avec tel ministre. Cela va durer combien de temps, parce que je dois voir Julie à telle heure ?"

Des amis proches et convaincants avec lesquels nous avons dîné hier soir à la Boule rouge m'ont dissuadé de m'abandonner à cette facétie, en la jugeant trop fantaisiste ou provocatrice, et j'ai suivi leur avis.

Il n'empêche. Je continue à penser que la vie privée d'un président, dans sa nature, sa protection et son espace, n'a rigoureusement rien de comparable avec celle des citoyens et que si nous avons droit, nous, aux jeux de l'amour et du hasard, aux mille évolutions du coeur et, si on y aspire, des liaisons et des aventures, on ne peut plus soutenir, sommairement, qu'un président de la République a AUSSI ce droit. Comme nous qui ne sommes investis par personne d'autre que par nous-mêmes et par notre conception de la morale.

Un président, plus qu'une personne privée, est une personnalité qui s'est vu conférer, par la majorité du peuple français, le devoir de nous représenter et de porter haut, non seulement l'honneur de la France, mais le nôtre puisqu'il nous doit d'être au sommet de l'État.

Même s'il ne l'a pas voulu, il était presque inévitable qu'un soir, un matin un magazine quelconque surprenne le manège ridicule de ce Président moins soumis au culte du Moi qu'à ses émois. La sénatrice Jouanno n'a pas tort quand elle dénonce une forme de légèreté. François Hollande est suffisamment lucide et perspicace pour comprendre à quel point, depuis cette découverte, il est tombé, et a fait tomber très superficiellement la France dans un vaudeville qui, pour être pratiqué au sommet, relevait tout de même du bas étage.

Sans doute aurions-nous eu un début de quinquennat flamboyant que la sensation de notre ridicule aurait pu s'estomper, mais nous en sommes loin à tous points de vue.

Faisons un rêve, acceptons l'exemplarité même teintée de puritanisme : que, pendant cinq ans, seulement cinq ans, un président nous offre le bonheur d'une vie personnelle, intime qui ne soit pas faite de la normalité délétère du Français caricaturé à l'étranger mais de la belle, de la splendide normalité qui saurait, un temps, le temps de l'hommage qu'il doit rendre à la communauté nationale, effacer l'homme et ses risques au bénéfice du Président et de son allure.

Extrait de : François, Valérie, Julie et la France

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13 janvier 2014

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