Les hommes ne sont jamais taillés d’une pièce ; surtout lorsque faisant de la politique. François Ruffin, de La insoumise, n’échappe pas à la règle. De ce député, , sa collègue du Parlement, nous dit : « Il est souvent exaspérant, mais apparemment sincère. » Le musicien Bertrand Burgalat, président du SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique), mais également responsable des pages politiques au mensuel Technikart, écrit, en préambule d’un entretien paru en février 2021 : « Si j’avais un fils gauchiste, j’aimerais qu’il soit comme lui. »

Alors que notre homme publie son nouvel essai, Leur progrès et le nôtre, de Prométhée à la 5G, il répond longuement au Monde, s’autorisant, quoique de gauche, à écorner le mythe du progrès, pourtant l’un des invariants immémoriaux de cette même gauche.

Et d’ainsi affirmer : « Dans la notion de progrès, il y a une confusion. Pendant longtemps, l’avancée technologique correspondait, dans les esprits, à un progrès commun. […] Tout ce qui, jusqu’alors, était perçu comme “progrès”, comme positif, ne l’est plus : l’ devient chimique, le marché devient supermarché, les grands projets sont dénoncés comme “inutiles”. » À cette défiance vis-à-vis de l’actuelle hubris dominante, cette démesure ayant le don d’agacer les dieux, voire Dieu tout court, s’ajoute une légitime inquiétude quant à ces démocrates n’en finissant plus de brandir des brevets de démocratie tout en se conduisant de plus en plus en autocrates déconnectés de ce peuple les ayant pourtant fait rois : « Cédric O, le secrétaire d’État au Numérique, déclare que “la crise offre l’opportunité d’une transformation plus volontaire encore”. “Volontaire”, mais qui veut ça, à part eux ? »

Et voilà encore un autre mythe de ce « cercle de la raison », si cher à Alain Minc et Jacques Attali, qui se trouve là dynamité. La « réforme » pour la « réforme », le « changement » pour le « changement » ; mais pour « réformer » et « changer » quoi ? En effet, le seul effet tangible de ce « bougisme » permanent, c’est que ce sont toujours les mêmes qui finissent dindons de la farce : les salariés et les pauvres, les et les petits commerçants, les infirmières et les policiers. Bref, les déclassés de la mondialisation, immigrés comme Français de souche, et autres grands perdants de la mondialisation. François Ruffin à parfaite équidistance entre Pierre Poujade et , en d’autres termes.

À propos de cette dernière, hormis une blague Carambar™ sur « la couleur merde du FN », et interrogé sur le fait que la lutte contre le serait pour lui devenue « combat secondaire », il répond : « On ne peut pas dire aux gens que “c’est de la faute de Marine Le Pen si vous êtes dans la mouise” alors qu’elle n’a jamais gouverné. » D’ailleurs, son véritable ennemi paraît être plutôt du côté de l’Élysée, puisque fustigeant un Emmanuel Macron qui joue à « Manu a dit » : « Manu a dit “ à 20 heures”, puis 18 heures, puis 19 heures… Manu a dit “pas le droit d’aller à plus d’un kilomètre”, puis à dix kilomètres. […] Cet homme qui décide seul, pour toute la France, ce n’est plus tolérable. Je ne le supporte plus. »

On notera qu’il n’est pas forcément besoin d’être mélenchoniste pour éprouver pareil sentiment et que François Ruffin a décidément de la suite dans les idées, ayant auparavant affirmé à Technikart : « Je pense que la seule fonction qu’on puisse avoir, c’est la fonction tribunicienne. Alors, je fais mon petit numéro, je ne suis pas un latiniste, mais dans la Rome antique, au Sénat (en gros? les aristocrates), il y avait des tribuns qui étaient envoyés par le peuple pour intervenir et leur secouer un peu les puces. […] En la voyant en première ligne, on réalise encore plus à quel point l’Assemblée est nulle. »

Ce brillant et sympathique jeune homme sait-il seulement que d’autres que lui et avant lui, eux aussi « couleur merde », ont été traités de « fascistes » pour moins que ça ? Il est néanmoins vrai qu’on apprend à tout âge.

7 avril 2021

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