Le 24 mai dernier, pendant que la France était secouée par les défilés, bloquée par les grèves et cassée par les casseurs, le président de la République devisait aimablement sur France Culture. Il y parlait des grands hommes, du devoir de mémoire et de lui-même, bien sûr, notamment de son désir d’entrer dans l’Histoire – ce qu’il fera sûrement, étant le président le plus méprisé de la Ve République. "Ce qui est le plus important comme chef d'État, nous confiait-il alors – en tout cas, moi, c'est ce qui m'anime, m'habite presque –, c'est : qu'est-ce que j'aurai laissé comme trace, qu'est-ce qu'un autre n'aurait pas pu faire et que j'ai entrepris ?"

C’est peut-être le trait le plus marquant de cet homme, la chose la plus impossible à appréhender : il ne doute de rien, et surtout pas de lui-même.

Son parti ne veut plus de lui ? Il n’a plus de majorité ? Il est à fond de cale dans les sondages ? Le pays s’enfonce chaque jour dans la crise ? La CGT lui fait tous les matins un bras d’honneur ? Il s’en fout. Tout va bien. "Ça va mieux !" même, répète-t-il avec sa mine réjouie. Et qu’importe si tout est là pour le démentir, la réalité n’a aucune prise sur lui. Il poursuit pépère son petit bonhomme de chemin. Et il sera candidat. Mieux que cela : il sera élu. Il le croit. Pourquoi pas, me direz-vous, il y en a bien qui croient que la Terre est plate.

François Hollande croit même si fort à sa bonne étoile qu’il tire déjà des plans sur la comète : son deuxième quinquennat sera consacré à une grande réforme des institutions de la Ve République. Il l’a annoncé mardi sur Europe 1 : il envisage, ainsi, de supprimer le poste de car, dit-il, "tout remonte au Président".

On relèvera que la chose ne manque pas de piquant quand on considère la façon dont François Hollande plane au-dessus de la crise sociale actuelle, envoyant son roquet Manuel Valls en première ligne pour prendre et donner tous les coups à sa place ! De même, assumant ouvertement son « plan com' », il a depuis le début laissé ses ministres, et particulièrement le Premier, assumer les semaines de valse-hésitation sur la déchéance de nationalité et la loi Travail.

Mais supprimer le ne suffit pas, Hollande veut aussi se passer du Sénat, qu’il aimerait transformer en "Assemblée des collectivités locales" de manière à lui clouer le bec. Dès lors, les projets de loi ne passeraient que devant l’Assemblée nationale, à laquelle le Président tout-puissant ferait face.

Il faut noter que François Hollande n’est pas seul sur cette ligne. De François Fillon – « l’exécutant » de Sarkozy – à NKM, ils sont quelques-uns à souhaiter, sur le papier du moins, un plus concentré. "Le président de la République deviendrait ainsi le chef du gouvernement, avec une équipe resserrée de dix grands ministres", proposait récemment NKM. On relèvera, là encore, que chaque candidat qui annonçait en campagne un gouvernement « resserré » s’est dépêché, sitôt arrivé, de distribuer des portefeuilles à tout va pour caser les copains…

Aujourd’hui, Hollande est là, pas encore candidat à un second mandat. Et en attendant sa très hypothétique réélection, il est bien content, lui aussi, d’avoir un Premier ministre pour lui servir de bouclier et de fusible.

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8 juin 2016

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