C’est le dernier clou planté dans un cercueil de carton. C’est l’ultime témoignage d’une Hollandie en phase terminale. C’est la botte de Nevers ; celle qui ne pardonne pas. Bref, c’est L’Abdication, l’ouvrage d’, naguère factotum d’un Président déchu avant même de s’être élevé un jour. La charge est cruelle, on s’en doute.

Cruelle à la hauteur des espoirs déçus, surtout. Avant de prendre le virage de la rigueur européenne, François Mitterrand avait au moins observé un temps de deuil raisonnable : deux ans. Deux ans avant de se convertir à la doxa néo-libérale ayant réduit à néant l’héritage militaro-industriel légué par un gaullo-communisme finissant, grande braderie ensuite parachevée par un programme libéral, et presque déjà libertaire – celui de la plate-forme gouvernementale du RPR et de l’UDF de 1986 –, soldant ainsi, devant les yeux ahuris d’un Jacques Chirac et ceux, assoupis, d’un Édouard Balladur, les comptes de toute forme d’indépendance franco-française, que ce soit dans les registres économique ou politique.

Pourtant, François Hollande, après le cataclysmique mandat sarkozyste, pouvait promettre de meilleurs lendemains ; la preuve par le discours du Bourget, le 22 janvier 2012. Son « ennemi était sans nom et sans visage ». C’était le « monde de la finance ». Nombreux sont les électeurs à y avoir cru, de gauche comme de droite. Et même Emmanuel Todd estimait qu’il fallait en quelque sorte laisser sa chance au produit, comme on dit. Las, on apprit ensuite que, dans le même temps, un certain jouait les petits télégraphistes dans la City londonienne, afin de rassurer cet « ennemi sans visage » : les marchés sont de grands sensibles qu’il convient de rassurer en permanence…

Interrogé par nos confrères du Monde, Aquilino Morelle se pose cette question : « Comment en est-on arrivé là ? Comment la gauche, qui détenait tous pouvoirs en 2012 – l’Élysée, Matignon, l’Assemblée nationale et même, pour la première fois, le Sénat, les régions, les départements, les villes –, n’a-t-elle pas eu la force d’exercer le pouvoir que les citoyens lui avaient confié ? » Excellente question, en effet.

Pourtant, à l’époque, rappelle notre scribe éconduit, les USA n’étaient pas contre un leadership français en , ce que souhaitaient aussi dirigeants espagnols et italiens. Mais François Hollande préféra en finir avec l’esprit de son discours du Bourget et s’en remettre à cette rigueur budgétaire, catéchisme dicté par Berlin et la Commission européenne. Pis : la reculade de Florange, à en croire Aquilino Morelle, a définitivement enterré toute velléité de véritable changement, de « volontarisme politique » ou de « patriotisme économique », étendards jusque-là brandis à grands renforts de flonflons et de trompettes.

En son temps, rappelle l’auteur de L’Abdication, François Mitterrand avait assuré : « Après moi, il n’y aura plus de grand président. Ce sera l’Europe. La mondialisation. Il n’y aura plus que des comptables et des financiers. » On oublie juste peut-être de nous rappeler que le double tontonnat nous aura sérieusement savonné la planche en la matière ; et que François Hollande n’est jamais rien d’autre que le rejeton à peine adultérin du vieux madré de Jarnac, les élégances littéraires en moins.

Toujours à propos de filiation, Aquilino Morelle assure qu’Emmanuel Macron serait enfant putatif du recalé et même pas redoublant de l’Élysée : « Son ambition est très ancienne. Il réussit aujourd’hui le tour de force d’apparaître comme un candidat hors système, alors qu’il en est issu ! […] C’est dire si la France va mal. »

On ne vous le fait pas dire, cher Aquilino.

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