Suffisance et insuffisance vont souvent de pair. La vanité est un défaut capital qui, parfois, est le pire ennemi de personnalités pourtant brillantes.

est tombé dans ce piège. Il n’a jamais douté de lui et de ses qualités. Alliés et adversaires ont rarement trouvé grâce à ses yeux. Il a eu la dent dure et le jugement sévère.

Durant les derniers mois, cette tendance s’est aggravée. Ayant décidé d’abandonner le terrain présidentiel, il lui fallait compenser par une trop élevée conception de lui-même qui, au moins symboliquement, pouvait lui donner l’assurance d’être quelqu’un, la certitude d’être le meilleur. Sans doute est-ce l’une des manières, détestable, de surmonter les désastres : gagner avec soi quand on a perdu avec les autres, à cause d’eux.

Ainsi le président de la République ose froidement affirmer : "En fait je suis le dernier des grands Présidents".

S’esclaffer, la dérision seraient une piètre réaction. Il y a du drame dans ce narcissisme aveugle. Parce que cette suffisance a créé l’insuffisance, le triste bilan de ce quinquennat raté, et l’insuffisance, cette délirante appréciation de son être , pour ne s’arrêter qu’à celui-ci.

Là où il ne peut plus être, tout devient mauvais, tout se dégrade et ce qui l’a servi hier avant son élection de 2012 – la primaire socialiste – est maintenant à récuser.

La est "inédite" et "sa qualité assez basse". Hamon et sont "fragiles". Les primaires ne correspondent pas à la Ve République et elles affaiblissent les partis". Les débats organisés par TF1 (le 20 mars) et par 2 (le 20 avril) : une idée "épouvantable et dangereuse" qui va aboutir à un "nivellement par le bas".

Dans cette acrimonie généreusement dispensée, on ne pourrait voir que la d’un “je” qui ne supporte plus de s’être mis hors jeu alors que lui-même et quelques inconditionnels se persuadent, dorénavant, qu’il aurait fait triompher la . Je devine les frissons de plaisir en même temps que de frustration que le soutien de Bernard-Henri Lévy et de Christiane Angot a dû susciter chez lui. Il n’y a pas de petits profits pour quelqu’un qui se juge grand. N’importe quel miel fait l’affaire.

François Hollande n’est cependant pas qu’un vaniteux qui souffre. Quand il ose célébrer ce qu’il a accompli et dissimule sa faillite sous la surabondance des mots et des inventaires disparates, il n’est plus seulement un Président qui se rengorge mais un Président qui s’égare.

Son combat principal, voire exclusif, paraît-il, est consacré au FN dont il est convaincu qu’il peut l’emporter. Dénoncer le péril que représente le FN alors que son quinquennat, sur le plan économique, social, judiciaire et avec sa politique étrangère, l’a fait augmenter sensiblement – comparons le FN de 2012 avec celui de 2017, d’autant plus que François Hollande craint qu’il soit sous-évalué -, relève d’un déni qui ne laisse pas d’inquiéter au sujet de sa psychologie et de son intelligence. On attendrait de lui qu’il pourfende s’il en a envie mais en ayant l’honnêteté de souligner que sa responsabilité est engagée dans cette montée et dans cette démocratie à portée d’extrémisme. Elles ne sont pas nées de rien mais de la perversion mêlant un discours moralisateur à une impuissance dans l’action.

Il me semble que ressasser l’obligation, pour les partis dits républicains, de ne se préoccuper que du FN prive sans doute leur programme d’une vision d’avenir au bénéfice d’une dénonciation systématique qui, paradoxalement, donne une aura sulfureuse à cet adversaire exclusivement ciblé.

Est-ce offenser le Président que de douter de son aptitude à entraîner les Français sur le chemin qu’il estime souhaitable ? Avant même l’annonce de son abandon, il n’était plus écouté, plus crédible.

Ironie du sort. Des nouvelles positives surviennent, notamment sur le fait que la France, depuis des années, n’a jamais créé autant d’emplois (TF1).

Trop tard pour que sa suffisance s’en empare, pour que son insuffisance en soit heureusement affectée.

Extrait de : François Hollande : suffisance et insuffisance…

11 mars 2017

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