Le vrai problème de est que, désormais, quoi qu’il fasse, quels que soient l’objet, le registre, l’importance, la durée, le lieu, la France est toujours là, au coin du bois, à le montrer du doigt en se tapant sur le ventre.

Le Président reçoit aujourd’hui pour une visite d’État de trois jours… le roi et la reine de Suède. L’enjeu n’est pas une guerre nucléaire. Et pourtant. Cela jase dans les chaumières. En cause, le « dress code » du dîner donné à l’Élysée. Ni habit, ni smoking, mais « costume sombre ». Costume sombre, comme le cadre déjeunant avec ses tickets-restaurant dans l’Hyppopotamus du coin de la rue. « Costume sombre », entendez, dans votre jus. Un peu de déodorant sous les bras et ça repart. « Hello, Mister Bernadotte, nice to meet you, welcome in France ! » Allez, on se fait la bise.

Hollande a descendu une marche du protocole, et pourquoi pas tout l’escalier, dans un esprit de simplicité conviviale. Aurait pu ajouter, en bas à droite sur le carton, la mention « PAF : 30 €, donne droit à une boisson alcoolique » ; la France, après tout, ne roule pas sur l’or. Ou transbahuter sur le trottoir tout ce mobilier doré passablement démodé – allez, zou, aux encombrants ! – et recevoir le roi dans un clic-clac Ikea pour qu’il s’y sente comme chez lui. Servir des rollmops sur des Wasa, en lieu et place de la tambouille « dégueulasse » (dixit un de ses ministres) habituelle. Revêtir, l’espace d’un soir, la combinaison scintillante d’ABBA pour accueillir le king en « Dancing Queen » ou, plus conforme à sa morphologie, un chandail tricoté à tête d’élan façon Bridget Jones, puisque la chasse au grand cerf se trouve être l’activité préférée du roi.

Et l’élan, l’élan populaire, c’est précisément ce qui fait défaut à François Hollande comme au roi de Suède. Le point commun des deux hommes est en effet d’être l’objet d’une impopularité notoire, en même temps que celui d’un best-seller exclusivement consacré à leurs frasques. « Le roi maudit », comme l’appelle Le Monde, est dépeint comme un play-boy amateur de strip-tease, ayant eu une liaison avec une pop star s’apparentant à Lady Gaga. Le peuple suédois souhaiterait le voir abdiquer… Sa fille Victoria (qui a épousé son prof de fitness) ferait, en effet, selon Le Monde, une excellente reine puisque, ayant pris position en faveur de la communauté gay, elle serait de son siècle. Le journal n’est pas à un paradoxe près : les fredaines sexuelles du roi de Suède sont bien plus « de leur siècle » que ne le serait une vie fidèle et rangée auprès de la reine, et pourtant ce sont elles qui l’ont fait haïr de ses sujets. De la même façon, les fiancées en CDD de François Hollande n’ont rien finalement que de très moderne et même ordinaire, et pourtant elles horripilent les Français.

Mais toute l’incompréhension tient dans cette ambiguïté. Une ambiguïté d’ordre lexical. En votant pour un président « normal », les Français n’entendaient pas élire un président ordinaire. Pas plus que les Suédois n’apprécient un roi médiocre. Lorsque le Président remplace son habit par un costume sombre, c’est la France qui troque sa robe de soirée contre une blouse en nylon.

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