Roulement de tambour. Le Sâr Rabindranath Hollande est annoncé. Roulement de tambour. Le Sâr Rabindranath Hollande fait son entrée sur scène. Roulement de tambour. Manuel Valls, dans le rôle de Monsieur Loyal : « Votre Altitude peut-elle dire qu’Elle va inverser la courbe du chômage ? » « Je peux le dire. » « Vous pouvez le dire ? » « Oui, je peux le dire. » Manuel Valls, tourné vers le public : « Il peut le dire ! »

Comment ne pas évoquer le sketch inénarrable et légendaire de Pierre Dac et Francis Blanche après la divulgation, par François Hollande, du contenu de son plan d’urgence de lutte contre le chômage ? L’accueil fait par les médias, l’opinion et son propre parti à l’annonce a été à l’exacte mesure du crédit dont dispose encore le chef de l’État : zéro. Nous nous trouvons devant un cas de figure assez rare. Non seulement l’homme qui fait des promesses sait parfaitement au moment même où il les fait qu’elles ne reposent que sur du vent et qu’il ne les tiendra pas - la chose est assez fréquente et ce n’est pas feu Charles Pasqua qui le démentirait -, mais ceux à qui il s’adresse savent exactement à quoi s’en tenir sur l’inanité de ces engagements, sur le cynisme de celui qui les prend et sur les motifs de sa conduite. L’illusionniste ne fait plus illusion.

Près de quatre ans après l’élection de M. Hollande, nous avons fait le tour du personnage et de ses détours. Vieux routier de la politique politicienne, M. Hollande est un malin, un roublard, un fin manœuvrier sur le court terme, mais il lui arrive, comme à tous les grands menteurs, comme à tous les grands tricheurs, de se prendre les pieds dans les tapis qu’il a déroulés devant lui.

M. Hollande a été assez optimiste et assez imprudent pour déclarer solennellement et réitérer à maintes reprises qu’il n’était même pas envisageable qu’il brigue un second mandat s’il ne parvenait pas à faire reculer le chômage. À l’approche de l’échéance, il se voyait confronté à son échec et, donc, à l’incompatibilité entre son serment et sa libido. D’où le plan mirifique qu’il vient de sortir de son chapeau : après les emplois jeunes, les emplois aidés, les allégements de charges patronales, ce ne sont pas moins de 500.000 chômeurs de catégorie A, 500.000 sans-travail et sans-dents qui pourront bénéficier d’une formation. Le problème est que ce lapin est un lapin -né.

Nul n’ignore en effet, et M. Hollande moins que quiconque, que ce plan est un leurre, une mascarade, une escroquerie. Ce n’est pas le chômage qui va baisser, mais les statistiques du chômage. Les quelques centaines de milliers de demandeurs d’emploi concernés disparaîtront pendant quelques mois de la catégorie A, le temps que le bonimenteur puisse faire acte de candidature, pour la réintégrer aussitôt leur formation terminée et l’inventeur de cette pyramide sociale de Ponzi reconduit à l’Élysée. Coût de cette mauvaise plaisanterie : plus de deux milliards d’euros, aux frais de la République, cette princesse en haillons.

Un système très strict régit et encadre, comme on sait, et comme M. Sarkozy le constate à ses dépens, notre Code électoral. Certes, M. Hollande n’a pas encore officiellement fait acte de candidature. Mais il faudrait être aveugle et sourd pour nier que son plan d’urgence n’a pas d’autre raison d’être que de lui permettre de se représenter. La plus élémentaire équité exige donc que les deux milliards prévus, et qui seront vraisemblablement dépassés, soient d’ores et dejà inclus dans les comptes de campagne du président sortant, ce qui entraîne ipso facto son inéligibilité. Deux avantages à cette solution élégante : elle éviterait à l’intéressé le désagrément et l’humiliation d’une défaite annoncée ; elle réconcilierait la morale et la politique, qui sont brouillées depuis trop longtemps dans notre pays.

70 vues

19 janvier 2016

Partager

VOS COMMENTAIRES

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.