Du discours de politique générale de Manuel Valls et de la conférence de presse de François Hollande, s’il ne fallait retenir qu’une chose c’est celle-ci : le gouvernement n’ira pas plus loin dans la voie social-libérale, c’est maintenant au tour des entreprises de jouer et les déficits seront ce qu’ils seront en 2017, au gré de la conjoncture. En clair, à mi-mandat le gouvernement reconnait son incapacité à franchir l’étape suivante, la baisse des dépenses publiques, il jette l’éponge et le bilan qu’il laisse est désastreux : le chômage ne cesse de grimper avec des déficits qui repartent à la hausse et le capital de confiance du président de la République est réduit à néant. La France est donc le premier pays à se désolidariser unilatéralement du Pacte de stabilité budgétaire européen (2012). Cette décision n’est pas sans conséquences.

Première conséquence c’est un défi à l’Allemagne. Soit Angela Merkel laisse faire et c’est toute la construction européenne qui est mise en danger car, on ne le soulignera jamais assez, le Pacte de stabilité budgétaire qui prolonge le traité de Maastricht est la colonne vertébrale de l’Europe. Soit Angela Merkel reste ferme et c’est une humiliante mise sous tutelle du pays dans les six mois. François Hollande espère pouvoir compter sur l’appui des pays du Sud et de pour négocier mais rien ne garantit que ses vœux seront exaucés. De l’autre côté du Rhin, les eurosceptiques ont le vent en poupe1 et guettent la moindre faiblesse de leur chancelière.

Deuxième conséquence, pour les Français, cet abandon en rase campagne revient à jouer l’avenir de leur pays à la roulette russe. Si la croissance reste en moyenne inférieure à 1% dans les trois prochaines années – scénario que j’estime le plus probable – les déficits se creuseront, la dette dépassera le seuil psychologique des 100% du PIB, les agences de notation dégraderont encore davantage la note de la France – elles n’auront pas le choix – avec pour conséquence la fin de l’argent bon marché et l’amorce d’une spirale infernale du type de celle qu’a connue la Grèce en 2010.

Paralysé sur sa gauche par la révolte des frondeurs, François Hollande n’a plus qu’une carte en main, dissoudre l’Assemblée et confier les clés de Matignon à un Nicolas Sarkozy fraîchement élu à la tête de l’UMP afin de mener la seule politique qui s’impose – à défaut d’une sortie de l’euro -, des coupes sombres dans les dépenses de l’État, l’abandon des 35 heures et la suppression du SMIC, une offre que son ambitieux prédécesseur ne pourra refuser sans se griller définitivement auprès des Français, au grand bénéfice de Marine Le Pen.

Les leçons à tirer de cette débâcle sont nombreuses, c’est peut-être le seul point positif que l’on puisse tirer de ce quinquennat inachevé. La première d’entre elles : le socialisme à la française a vécu.

20 septembre 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.