François Hollande : les francs-maçons et les francs-Macrons…

C’était dans Le Monde de ce lundi : « François Hollande rend hommage aux francs-maçons. » « Francs-maçons » ? Ceux du Grand Orient de France, plus précisément ; rue Cadet, au musée consacré aux frères « la gratouille », pour reprendre l’expression de François Mitterrand, et juste histoire de se rappeler en quelle haute estime il les tenait.

Dans la confrérie, ça renaude évidemment velu. Parce que si tous les membres du Grand Orient sont francs-maçons, tous les francs-maçons ne sont évidemment pas au Grand Orient. Sur ce site, le 11 novembre 2013, Philippe Randa, fin connaisseur du sujet, rappelait : « Appréhender la franc-maçonnerie en France comme un bloc monolithique, contrairement aux pays anglo-saxons, relève tout simplement de l’ignorance ou du mensonge. Car la France fait justement figure d’exception maçonnique… »

Le Grand Orient, fort de 50.000 membres, est certes la plus importante obédience de la catégorie, alors que ses homologues totalisent plus de 80.000 membres. Son « exception maçonnique », elle aussi toute « française », consiste à ne pas faire référence à toute forme de surnaturel, contrairement à ses autres concurrents historiques, où il est coutume de révérer une sorte d’architecte de l’univers ou de grand horloger des mondes visibles ou invisibles. Et, surtout, à ne pas se mêler à la tambouille politicienne. Ainsi, contrairement à une idée trop souvent reçue, au lendemain du 21 avril 2002, la seule obédience à avoir appelé à faire barrage à Jean-Marie Le Pen fut le Grand Orient, contrairement à la plupart des autres obédiences d’importance (GLNF, GLF), ayant appelé à cet interdit stipulé dans leurs statuts.

On se demande donc qui, à l’Élysée, rédige les fiches du Président normal ; un stagiaire, probablement. Tout comme on est également en droit de s’interroger sur les secrétaires de la rédaction distraits censés amender la titraille de ce fameux quotidien vespéral, surtout lorsque Pierre Mollier, conservateur du Musée de la franc-maçonnerie, s’y trouve interrogé. Pourtant, en un océan de lieux communs, ces deux petites informations.

La première : « C’est la première fois qu’un Président en exercice se déplace, ès qualités, rue Cadet. […] Nicolas Sarkozy avait envisagé de le faire en 2012, mais cela ne s’était pas concrétisé. »

La seconde, portant sur les relations entre Grand Orient et Élysée, singulièrement renforcées depuis les années 2000 : « Jacques Chirac, dont le grand-père était un frère très actif au Grand Orient, a été particulièrement attentif aux analyses proposées par les obédiences maçonniques. Il a multiplié les rencontres avec les responsables de la maçonnerie française. » Tiens donc… Et une pierre supplémentaire jetée dans le jardin électoral d’une certaine bourgeoisie de droite conservatrice, toute ébaudie que Bernadette soit folle de la messe, tandis que son fripon d’époux refusait toute référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans la Constitution censée résumer les fondamentaux de notre Vieux Continent…

Après, l’influence fraternelle des soutiers autoproclamés de la République, Pierre Mollier est déjà moins prolixe. Certes, il y a maintenant deux siècles, le directeur d’école de sous-préfecture bénéficiait encore d’une certaine aura. Mais la mondialisation est passée par là, balayant en même temps colbertisme et jacobinisme. Aujourd’hui, ces temps sont passés de mode. Le notaire et le pharmacien de province sont les derniers spécimens d’une espèce en voie de disparition, tout juste bons à faire de la figuration dans un film du défunt Claude Chabrol ou du survivant Jean-Pierre Mocky.

Les élégances ont changé de temps. À l’avant-garde des avancées sociétales, plus besoin de ces dinosaures. Aux rentiers roués de jadis, place aux jeunes loups de la finance. Après les francs-maçons, les francs-Macrons ?

Même ça, François Hollande ne l’a pas compris, ou alors l’a trop bien compris, allant faire la danse du ventre rue Cadet, comme d’autres s’en vont jeter un bouquet de chrysanthèmes sur la tombe encore fraîche d’un oncle même pas forcément regretté.

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