Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, on a eu une autorité de l’État parfois vacillante, intermittente et affaiblie. Mais on n’a jamais eu, comme aujourd’hui, un État sans autorité. On est passé de défaillances ponctuelles – même graves – à un système structurellement vicié et à une incurie qui n’a pas toujours l’occasion de se déguiser en mansuétude.

Nicolas Sarkozy, auquel un immense espace est dorénavant concédé, retrouve ses accents de ministre de l’Intérieur – sans doute le poste le plus accordé à son tempérament et à ses limites – et propose, contre l’insécurité et le désordre actuels, quatre mesures dont la pertinence, pour être radicale, n’est pas discutable.

D’autres, plus qualifiés, analyseront la gestion tristement maladroite de cette loi El Khomri qui, à partir d’une excellente première rédaction, s’est dégradée. D’abord en un piège parlementaire, puis en une scandaleuse politisation syndicale, la CGT ayant pris la relève de l’intolérante et fumeuse Nuit debout pour faire de la France un pays répulsif pour les étrangers et, à l’intérieur, une succession de violences, de dégradations et de contestations contemplées trop longtemps, comme au spectacle, par des socialistes en amateurs bienveillants.

Avec des images sans équivoque de militants de la CGT jetant des pavés, des projectiles. Liberté syndicale ou liberté de frapper, de blesser ?

Car cet amateurisme continue à m’étonner de la part d’un pouvoir qui a connu, à deux reprises, un pire terrifiant en 2015 mais semble cependant tétanisé face aux transgressions de son propre camp.

Comme, pourtant, le gouvernement l’a invoquée, la République, à tout bout de champ et souvent hors de propos ! Comme il est piquant de constater, si ce n’était pas dramatique, de voir comme elle lui est retournée de plein fouet et sur un registre implacable ! La République concrète, la vraie, celle qui attend et espère un État digne de ce nom, exemplaire, protecteur et efficace, elle en a plus qu’assez !

Elle est surprise que l’état d’urgence non seulement ne crée pas une urgence pour l’action de l’État mais laisse prospérer transgressions, rassemblements, défilés et leur périphérie douteuse dont le comportement, à hauteur de la latitude scandaleuse qu’on lui laisse, atteint un comble chaque jour dépassé. Véhicules et autobus incendiés, supérette dévastée, hôpital Necker dégradé dans des conditions qui révèlent cynisme et indifférence et qu’on aurait tort de banaliser, d’excuser.

Elle est perplexe quand elle entend le président de la République se réveiller pour menacer d’interdire les manifestations à Paris “si la sécurité des biens et des personnes n’est pas assurée” alors que, depuis plus de deux mois, la quotidienneté de certains de nos concitoyens est bouleversée sur ce double plan.

Elle est indignée quand mille casseurs s’ébattent en terrain conquis et qu’elle entend les mêmes phrases creuses, les mêmes engagements parce qu’elle sait qu’ils seront lettre morte.

Elle est amère quand, sans méconnaître la bonne volonté de ces gouvernants, elle doit s’avouer qu’ils ne sont pas à la hauteur et qu’alors les tragédies criminelles offensent deux fois : elles tuent comme à Magnanville et elles désespèrent parce qu’aucun avenir de fermeté et de cohérence ne leur succédera.

Au milieu de ce gâchis, il y a l’ et deux victoires françaises arrachées de haute lutte.

Je n’ose tout de même pas penser, alors que c’est pire qu’avant et que rien de secourable n’apparaît à l’horizon avant 2017, que compte sur cette compétition sportive pour redonner le moral à la France et s’en trouver gratifié.

La République est bonne fille, il est vrai, mais pas à ce point-là.

Extrait de : Pourquoi est-ce pire qu’avant ?.

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