« Un peu plus de raison et un peu moins de passion », assurait le défunt Premier ministre Raymond Barre à propos des relations franco-algériennes. Le voyage de François Hollande – un véritable caravansérail, avec près de deux cents personnes, ministres, chefs d’entreprises, personnalités politiques et culturelles – permettra-t-il de faire oublier les hiatus précédents ? avait été reçu dans la liesse, mais un amendement parlementaire relatif aux « effets positifs de la » avait coupé court à cette bonne humeur. Nicolas Sarkozy, lui, ne s’était pas tiré une balle dans le pied, mais le chargeur tout entier en nommant Arno Klarsfeld à la tête d’un comité Théodule, chargé de revisiter l’histoire de l’Algérie française, en 2007. À l’époque journaliste au Choc du mois, j’avais eu l’occasion d’interroger Roger Holeindre, vice-Président du Front national, ancien résistant, dans les maquis d’abord, dans ceux de l’OAS ensuite. Donc, pas précisément un gauchiste : « Là, le président de l’UMP s’est surpassé ! Proposer à un gugusse ayant demandé la double nationalité franco-israélienne après avoir fait son service militaire en Israël, en tant que garde , c’est-à-dire en humiliant des Palestiniens, en leur bottant le cul aux check points, de réécrire l’histoire d’une nation qu’il renie, c’est véritablement une honte pour la France. C’est lui qu’il faudrait expulser ! Sinon, comment interdire aux jeunes Français d’origine algérienne d’aller faire leur service militaire dans le pays de leurs pères, ce que notre gouvernement autorise depuis des années. »

Bon, tout cela a laissé des traces. En Orient, les gens sont accueillants, mais peuvent aussi se montrer susceptibles… François Hollande, dont le père était engagé dans la de l’Algérie dans le giron français, sait ces choses. Ce qui explique pourquoi ce voyage a été préparé de longue date, au contraire de la traditionnelle improvisation sarkozyste. Un ancien ponte d’El Moujahid, le quotidien historique du FLN, décrypte : « Ces histoires de française ne sont qu’un d’ombres. En Algérie, toutes les jeunes générations s’en moquent. Pour eux, FLN et OAS, ce sont des clubs de foot ! En revanche, cela permet aux derniers caciques du FLN de redorer leur blason : plus ils noircissent “l’ennemi” français, et plus cela donne de lustre à leur passée. Mais le vrai problème est ailleurs. pour commencer : la France a besoin de l’aide militaire algérienne pour consolider sa présence et ses intérêts énergétiques au Mali, face aux bandes armées. Économique, ensuite, car malgré plus de 450 entreprises françaises installées en Algérie, la France perd du terrain… »

La preuve en est qu’elle a perdu le juteux marché de ces deux autoroutes allant d’est en ouest du pays, l’une près des côtes et l’autre plus à l’intérieur. Le marché nous a été ravi par les Chinois pour le gros œuvre et les Italiens pour les finitions. Et notre interlocuteur de conclure : « Le problème des investisseurs et des politiques français en Algérie, c’est ce mélange de mauvaise conscience coloniale et, malgré tout, d’arrogance. Comme s’ils regrettaient d’avoir conquis le pays tout en continuant de se croire en pays conquis. Du coup, et tenant compte de la mentalité orientale, la France joue perdante sur les deux tableaux. La mauvaise conscience passe pour aveu de faiblesse, tandis que la condescendance demeure blessante. » François Hollande réussira-t-il en Algérie ce qu’il ne parvient pas à faire en France ? Aux dernières nouvelles, à en croire François Hollande, « il n’y aura ni repentance ni excuses. » Et rien que ça, c’est déjà une bonne nouvelle. Attendons la suite.

20 décembre 2012

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