Discours - Editoriaux - 30 décembre 2016

François Fillon peut remercier « Ali Juppé »

Depuis quelques jours, les soutiens de François Fillon ont créé de toutes pièces une polémique autour d’un surnom ridicule que leur champion se serait vu attribuer par la « fachosphère » : « Farid Fillon ». Une bonne occasion, aussi, de salir le Front national et d’éviter d’aborder les vrais sujets qui engagent le susnommé François Fillon. Première chose : que disait l’impétrant quand Alain Juppé était rebaptisé Ali Juppé sur la Toile ? Rien du tout. Il n’avait pas l’air plus chagriné qu’à l’accoutumée. Et pour cause… La campagne « Ali Juppé », couplée au rejet qui plombait Nicolas Sarkozy, permettait à François Fillon de remporter haut la main les élections primaires de la droite et du centre.

À peu de frais, l’homme de la Sarthe s’est mué en champion de la droite « dure » en miroir de son adversaire bordelais. Afin de toucher l’électorat le plus âgé, qui a massivement plébiscité l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, des « chaînes de mails » ont été diffusées, avec un seul mot d’ordre : tout sauf Juppé. Ces courriels étaient souvent accompagnés d’images représentant Alain Juppé grimé en imam ou posant la première pierre d’une mosquée. François Fillon n’en aurait-il jamais pris connaissance ? Attention, je ne dis pas qu’il a participé à la campagne de déstabilisation mais qu’il me semble étonnant que personne dans son entourage ne l’ait su… L’aubaine était trop belle.

Qu’aujourd’hui Jérôme Chartier s’offusque de ce qui faisait, hier, l’essentiel du succès de son patron est d’une grande hypocrisie. Et ce, d’autant plus que Jérôme Chartier, en réagissant au surnom « Farid Fillon », a donné une immense visibilité médiatique à ce qui n’était, jusqu’alors, qu’un phénomène mineur, principalement cantonné aux réseaux sociaux. Voilà qui ressemble fort à une opération de communication rondement menée répondant à deux objectifs : construire une relation plus saine avec les centristes en démontrant que François Fillon est aussi la cible de la « fachosphère » ; répondre aux attaques légitimes relatives aux ambiguïtés des propositions de François Fillon sur les sujets de l’islam en France et de l’immigration.

Au fond, pas grand-chose ne distingue François Fillon d’Alain Juppé, comme je l’ai précédemment écrit. Il est attaqué sur ces questions parce qu’il n’est pas plus convaincant que son entourage. Nous gardons tous en mémoire ces images terribles montrant monsieur Fillon inaugurant la mosquée géante d’Argenteuil, foyer de l’islam de combat et du salafisme en France, aux côtés d’une fillette revêtue d’un voile. Mais ça n’est pas tout : son fidèle lieutenant Jérôme Chartier organisait une conférence, le 3 décembre dernier, avec El Hassane Oufker, directeur de l’école Averroès et membre de l’UOIF, officine proche des Frères musulmans. Quant à son nouveau porte-parole, Benoist Apparu, il envisage carrément de financer la construction des mosquées avec l’argent public, au mépris le plus absolu de la loi de 1905 !

Le double discours permanent de la vraie « droâte » gêne considérablement les Français, désireux de confier l’exécutif à des personnalités sincères. En outre, François Fillon négocie en ce moment même avec François Bayrou un certain nombre de circonscriptions gagnables alors qu’il accusait Alain Juppé de prévoir des alliances avec le Palois… Vous voulez vraiment élire un individu qui ferait passer l’opportuniste de la chanson de Jacques Dutronc pour un idéaliste passionné ?

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