Il est clair qu’après la primaire, on attend la seconde de . Plus facile à faire dans la course automobile qu’en , surtout, paradoxalement, après un triomphe inattendu.

François Fillon et son équipe n’ont peut-être pas assez réfléchi à la singularité de la primaire, à ses suites évidentes et au fait qu’elle était la première phase, certes capitale, d’une campagne qui ne se terminerait, cependant, qu’avec une seconde phase : la joute présidentielle proprement dite.

Autrement dit, là où , par exemple, va pouvoir dérouler tranquillement ses orientations, ses mesures, définies et précisées mais pas trop, tout au long des mois jusqu’à l’élection présidentielle, François Fillon allait être naturellement, dès le lendemain de la primaire, précisément à cause de l’heureuse radicalité de son programme, en butte à des attaques, à des controverses, des soutiens peureux et à des timidités, amplifiés au sein de son propre camp par la cuisine partisane à laquelle il allait devoir se livrer et au pluralisme hétérogène qui en résulterait.

Non seulement rien ne s’est terminé avec l’éclat de la primaire mais tout, véritablement, va commencer avec la banalité et la monotonie des jours et des mois d’après. À l’évidence, sans le désobliger, François Fillon semble être victime de la dépression du gagnant alors que – Marine Le Pen l’a souligné – , à sa place, aurait poursuivi de plus belle, encore plus intensément.

Sur le plan intellectuel, l’art du discours et la dialectique des réponses, la primaire était, malgré les apparences en amont, un exercice solitaire convenant parfaitement à François Fillon, que son audace élégante, talentueuse et réservée, le temps de trois joutes médiatiques, servait au plus haut point. Nous étions dans le registre du combat singulier, de la poésie chevaleresque où les contradictions des autres ne le gênaient pas puisqu’il demeurait dans son couloir et suivait obstinément et brillamment sa ligne.

Après la primaire, c’est la prose des ajouts, des rectifications, des explications et de la dénaturation de l’intrépidité programmatique en réalisme encore vigoureux mais sans commune mesure avec hier.

Sans abuser de la lucidité rétrospective, même en considérant nécessaire l’élaboration d’un projet de rupture, il était tout de même aisé de prévoir, avant même que les polémiques d’après la primaire aient cherché à lui limer ses aspérités, ses provocations ou ses excès, l’argumentation qui serait développée contre lui.

Ou alors, faut-il admettre que la compétition de la primaire n’avait pour finalité que de se montrer le plus extrême possible, ce qui expliquerait les déboires d’Alain Juppé en retrait et même de Nicolas Sarkozy ?

Je constate que François Fillon n’a pas encore passé la seconde et que sa dernière prestation télévisée, sans avoir été médiocre, l’a montré toutefois dans une posture plus gênée même s’il a eu le courage de se déclarer chrétien – malgré l’opprobre médiatique légèrement condescendant qui en résulte – et gaulliste ; mais qui ne s’avoue pas tel aujourd’hui ?

Pourtant, François Fillon aurait tort d’accepter que de fil en aiguille, d’aménagements en prudences, son programme s’effiloche, et notamment d’abandonner toute réflexion sur la ordinaire au nom de la lutte contre le islamiste. La bagatelle de trois candidats à gauche est de nature à le rassurer sur sa présence au second tour, mais tout ce qui le contraindra à une tiédeur classique ouvrira plus largement l’espace pour Marine Le Pen.

Rien d’inéluctable à ce que sa victoire nette de la primaire l’ait mis si rapidement en position de . Il aurait dû marquer très vite le deuxième but et, pour gagner le match présidentiel avec sa seconde mi-temps, il se doit de passer d’urgence la seconde !

7 janvier 2017

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

Philippe Bilger : « Éric Dupond-Moretti est devenu un homme politique classique pour le pire : il viole une promesse et est devenu un ministre timoré »

Le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti a présenté sa réforme de la justice en 36 proposit…